En expansion depuis la crise alimentaire de 2008, l’accaparement des terres arables remet en cause les pratiques ancestrales traditionnelles et compromet l’avenir des générations futures. Ce phénomène d’acquisition de grandes superficies de terres s’inscrit dans la logique de l’agrobusiness et ne vise que le profit.
Bambo Nestor NOANTI
Selon la tradition dans bon nombre de pays africains, « la terre ne se vend pas ». L’accaparement des terres arables apparaît ainsi comme un phénomène d’acquisition de grandes superficies de terres cultivables qui ne reste pas sans impact sur la sécurité alimentaire en Afrique. D’après l’honorable Henri Gbone, président de la Commission Agriculture, Économie Rurale et Ressources Naturelles du Parlement Panafricain en Afrique du Sud, l’accaparement des terres est « un achat à grande échelle par des investisseurs étrangers de vastes étendues de terres agricoles dans les pays en développement pour y entreprendre des exploitations agricoles destinées à la consommation extérieure sans se soucier des besoins alimentaires des autochtones »
Ce phénomène d’accaparement des terres semble être déplorable en Afrique. Selon les statistiques, « Sur 416 cas d’accaparement des terres recensées dans le monde, 228 se sont produits en Afrique ». Ce qui signifie qu’environ 25 millions d’hectares, soit 50 % des terres accaparées, se trouvent en Afrique, contre 20 % en Asie-Pacifique et en Asie de l’Est. Au total, 203 millions d’hectares de terres ont été accaparés dans le monde, avec 730 transactions étudiées, et les règles internationales restent inappliquées. Quand on revient au Bénin, les statistiques revèlent que 236 100 hectares de terres ont été loués ou vendus, soit 0,75 % en 2020. Au Gabon, on note 415 000 hectares vendus, soit 1,32 %. Au Ghana, 907 000 hectares de terres sont vendus ou loués à des investisseurs étrangers. Etc.
Les conséquences de ce phénomène sur la sécurité alimentaire des pays victimes sont indénombrables. Elle conduit au déplacement des populations, à l’aggravation de la pauvreté et de la famine, à l’augmentation des conflits, ainsi qu’à la perte des droits fonciers et des moyens de subsistance. Euden Dossou, Secrétaire général adjoint de l’Union des Ingénieurs Agronomes Africains (Uaae) pense que l’accaparement des terres agricoles rurales « met en péril l’agriculture familiale, garante de notre souveraineté alimentaire ».
Face à cette situation incompatible avec les objectifs de souveraineté alimentaire pour la survie des populations rurales, il est nécessaire que des solutions adéquates soient trouvées pour contrer le problème de la sécurité alimentaire en Afrique et dans le monde. Lors d’une conférence internationale des ingénieurs agronomes africains récents qui s’est tenue à Cotonou, Moutaouekkel Abdelali, président de l’Association des Ingénieurs Agronomes du Maroc, a insisté sur la nécessité de « revoir le modèle de développement agricole actuellement en place, adopter un mode plus inclusif et durable, centré sur les besoins des populations locales, avec la diversification des cultures et la protection de la biodiversité ». Abdoulaye Toko, directeur adjoint du cabinet du ministère de l’Agriculture du Bénin, pense qu’il est crucial de promouvoir des politiques qui protègent les droits des agriculteurs locaux et garantissent une gestion durable des terres. En dépit de toutes ses solutions, nous pensons qu’il est aussi nécessaire de sécuriser le foncier dans nos communautés afin de contrer totalement ce phénomène dans notre société.
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