À moins de deux ans de son second mandat, le Président de la République, Patrice Talon est appelé par certains de ces soutiens à briguer un troisième mandat. Considérés au départ comme une blague de mauvais goût, ces appels devenus le leitmotiv quotidien de soutiens zélés sont désormais à prendre au sérieux. Mais le dernier mot revient au Chef de l’État qui ne devrait pas se laisser aller à cette tentation.
Arguant de ce que la constitution n’est «ni la Bible ni le Coran», ces soutiens sont désormais résolus à induire Patrice Talon en erreur. Leur motivation, le Chef de l’État aurait fait tellement de prouesses en si peu de temps que le laisser partir serait une perte pour le Bénin.
Pourtant, cet argument-là n’est pas nouveau. Au temps du Président Mathieu Kérékou, il s’est également trouvé des illuminés qui ont vu en lui le messie que le peuple ne devrait pas laisser partir au risque de mettre volontairement un terme au développement du pays. Parmi eux, il y avait eu un certain Cosme Sehlin qui, alors ministre des Finances, eut l’ingénieuse idée de priver la Céna des moyens nécessaires à l’organisation à bonne date de l’élection présidentielle. N’eut été la mobilisation du peuple et de la société civile, la supercherie serait passée et Mathieu Kérékou serait peut-être resté au pouvoir jusqu’à sa mort.
Puis au temps de Boni Yayi, d’autres thuriféraires ont embouché la même trompette. Boni était, selon ceux-là aussi, un don du ciel qu’il ne fallait laisser partir pour rien au monde. Et puisque c’était alors l’ère dorée des marches ridicules et des prières fantoches, marcheurs et prieurs nés des entrailles du système ont été mis à l’œuvre pour faire passer la pilule. Mais là encore, le peuple avisé qui sait dire non quand c’est le moment, a arrêté la supercherie et Boni Yayi s’en est allé au nom de la culture de l’alternance au pouvoir dont le Bénin est toujours auréolé.
Aujourd’hui encore, il se trouve des personnes du même acabit qui se sont assignées la laide de déshonnorante mission de pousser Patrice Talon à ce jeu d’enfants qui consiste à faire croire à nos présidents qu’ils sont inamovibles.
Cela va de soi puisque les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Errant de système en système, il y a des Béninois qui ont perdu tout sens de l’honneur et de la dignité et qui ne savent s’illustrer que dans les basses besognes. C’est encore ces personnes de peu de moralité qui pensent pouvoir réussir l’exploit que leurs prédécesseurs n’ont pu connaître en invitant le Chef de l’État à briguer un troisième mandat en 2026. En tombant dans leur piège, le Président Talon aura choisi de se retrouver du mauvais côté de l’histoire. Si cela arrivait, il entrera dans l’histoire comme celui qui a conduit le Bénin dans les labyrinthes de l’instabilité politique que connaissent nombre de pays africains. Il aurait ainsi sapé ses propres efforts à consolider la démocratie béninoise chèrement acquise sur l’autel des appétits gloutons de quelques partisans zélés. Prouesse dont il est loin d’avoir la moralité.
Patrice ne doit pas alors succomber à cette tentation de nouvelle révision de la constitution en vue de briguer un troisième mandat au terme de son second et dernier mandat. Il y va de la cohésion nationale et la pérennisation de la démocratie béninoise. Toute autre posture dictée par quelque calcul politique que ce soit serait une imposture regrettable qui viendra noyer les efforts de développement du pays qui sont les siens.
Les thuriféraires qui veulent pousser le Chef de l’État à s’inscrire dans cette dynamique hasardeuse doivent, quant à eux, savoir que rien n’est comparable à la dignité et à l’amour pour la partie. Et c’est fort de cet amour que l’on ne devrait, en aucun cas, agir de façon à mettre en péril la paix et la cohésion sociale. Agir autrement est un acte contraire au bon supposé être la chose du monde la mieux partagée.
Tout compte fait, Patrice Talon est seul maître de la situation et des choix qui engagent l’avenir du pays. La décision lui revient de dire oui à ces chants lugubres et de se retrouver sur la liste noire des autocrates africains ou alors, de dire non, en dernier ressort, pour mériter peut-être un jour le prix Mo Ibrahim pour la bonne gouvernance.
