BOURSES UNIVERSITAIRES 2026-2027 : Les sciences favorisées ?

La publication du guide d’orientation universitaire 2026-2027 fait apparaître des écarts importants dans la répartition des bourses et des aides destinées aux étudiants des établissements publics d’enseignement supérieur. Dans plusieurs filières scientifiques et médicales, le nombre de boursiers demandés apparaît plus élevé que dans certaines formations des sciences humaines, sociales et juridiques. Une situation qui interroge sur les priorités qui se dessinent dans l’enseignement supérieur béninois.

À l’Université de Parakou, la Faculté de Médecine constitue l’un des exemples les plus marquants. Selon les données communiquées dans le guide, 100 boursiers sont demandés pour cette formation, auxquels s’ajoutent 30 étudiants secourus. Une répartition qui contraste avec celle observée dans plusieurs autres filières.

À l’Université d’Abomey-Calavi, les écarts sont également visibles. À la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Communication (FLLAC), la filière Espagnol affiche zéro boursier demandé pour 35 étudiants secourus. La situation est annoncée comme similaire en Allemand. À l’École normale supérieure de Porto-Novo, les filières Français et Anglais comptent chacune 15 boursiers demandés, sans étudiant secouru annoncé.

Le contraste apparaît davantage à la Faculté de Droit et de Science politique. En droit public comme en droit privé, aucun boursier n’est annoncé, alors que plus de 100 étudiants secourus sont demandés dans chacune des deux filières, selon les chiffres communiqués.

À la FLASH, les données disponibles font également apparaître une faible présence des bourses dans certaines formations. En Espagnol et en Sociologie, aucun boursier n’est demandé, tandis que plus de 200 étudiants secourus sont annoncés pour chacune de ces filières. En Lettres modernes, 20 boursiers sont demandés pour 220 étudiants secourus.

Ces écarts peuvent donner l’impression d’une orientation plus favorable aux filières scientifiques, médicales, technologiques et numériques. Ils interviennent dans un contexte où le développement des compétences scientifiques et technologiques est régulièrement présenté comme un enjeu majeur pour l’innovation, l’emploi et la compétitivité du pays.

Mais les chiffres doivent être lus avec prudence. Le nombre de boursiers demandés ne permet pas, à lui seul, de mesurer le niveau de soutien de l’État à une filière. Les bourses et les secours répondent à des dispositifs et à des critères différents. L’absence de boursiers dans une formation ne signifie donc pas nécessairement l’absence d’accompagnement public.

Il reste que cette répartition soulève une interrogation de fond : les priorités de l’enseignement supérieur sont-elles progressivement en train de se déplacer vers les formations scientifiques et à forte composante technologique ? La question mérite d’autant plus d’attention que ces données interviennent au moment où de nombreux nouveaux bacheliers s’apprêtent à choisir leur orientation.

Pour ces derniers, les chiffres liés aux bourses peuvent constituer un élément d’appréciation. Ils ne devraient toutefois pas être le seul critère. Les aptitudes personnelles, le projet professionnel, les débouchés et les besoins du marché de l’emploi demeurent déterminants dans le choix d’une formation.

Car si les sciences, la médecine, les technologies et le numérique occupent une place stratégique dans le développement du pays, les sciences humaines et sociales, le droit, les langues, la sociologie et les lettres jouent également un rôle essentiel dans la formation des enseignants, juristes, administrateurs, chercheurs, communicateurs et autres professionnels indispensables au fonctionnement de la société.

Au-delà des chiffres du guide d’orientation 2026-2027, une question demeure donc : quels profils le Bénin entend-il prioritairement former pour répondre aux défis des prochaines années ? La répartition annoncée des bourses apporte des éléments de réflexion, sans pour autant suffire à établir à elle seule un changement de politique universitaire. Mais elle ouvre incontestablement un débat sur les priorités de formation et sur l’équilibre à préserver entre les différentes disciplines.

Mathieu SESSOU

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