Le Kazakhstan, premier producteur mondial d’uranium, a conclu avec la Chine un accord d’approvisionnement portant sur environ 20 400 tonnes pour la période 2026-2030, une opération qui prive un peu plus les marchés occidentaux de volumes disponibles et illustre la recomposition géopolitique en cours autour de cette ressource stratégique, selon les données rapportées par Crux Investor.
La concurrence pour l’accès à l’uranium s’intensifie à l’échelle mondiale, portée par une double dynamique de concentration : celle de la Russie sur les capacités d’enrichissement, et celle de la Chine sur les approvisionnements en provenance du Kazakhstan. Cette convergence fait naître, selon les analystes de Crux Investor, un risque géopolitique désormais bien identifié, que les puissances occidentales tentent activement de contenir. Aux États-Unis, cette prise de conscience s’est traduite par un engagement financier conséquent : en 2024, le département de l’Énergie a obtenu du Congrès une enveloppe de 2,7 milliards de dollars destinée à consolider la chaîne d’approvisionnement nationale en combustible nucléaire, rapporte l’United States Geological Survey. D’autres pays ont, de leur côté, choisi de limiter leurs exportations de combustibles nucléaires afin de préserver leurs propres réserves. Ces tensions se répercutent directement sur les cours. Le prix de la livre d’uranium oscillait entre 84 et 86 dollars en juin, selon Trading Economics, et les analystes de Citi anticipent une remontée vers une fourchette de 100 à 125 dollars d’ici la fin de l’année.
L’Afrique, épicentre des rivalités
Sur aucun autre continent les rivalités géopolitiques autour de l’uranium ne sont aussi visibles qu’en Afrique. Le Niger, qui assurait jusqu’à récemment plus du quart des importations européennes d’uranium, a vu la donne changer radicalement depuis le coup d’État de 2023 : la junte militaire au pouvoir a nationalisé la mine Somaïr, exploitée jusque-là par le groupe français Orano, avant d’annuler en mai dernier une concession minière vieille de 58 ans. Mais d’autres gisements africains commencent à prendre le relais. Au Malawi, l’exploitation de la mine de Kayelekera, à l’arrêt depuis onze ans, a repris en août 2025. En avril, Orano a validé la réception de ce minerai dans son usine de traitement, une étape importante avant le lancement effectif des premières livraisons commerciales, toujours en attente à ce jour. Le Botswana, pour sa part, se positionne comme une réserve d’avenir : ses gisements, évalués à environ 800 000 tonnes, ont convaincu le groupe français d’en faire une priorité d’exploration pour 2026, même si une production commerciale à grande échelle n’est pas envisageable à court terme.
Confronté à une demande mondiale grandissante, le continent africain se retrouve ainsi placé au centre d’une compétition dont il ne maîtrise pas encore tous les leviers. Ses réserves suscitent l’intérêt conjoint des puissances occidentales, soucieuses de réduire leur dépendance, de la Chine, qui renforce son ancrage en Namibie, et de la Russie, dont le groupe Rosatom est déjà implanté dans une quinzaine de pays africains.
Souvenir ZANNOU
