Dans une interview accordée récemment au magazine The Economist, Elon Musk, patron de la start-up xAI, a affirmé que la disponibilité de l’électricité et des puces constitue aujourd’hui le principal frein au développement mondial de l’intelligence artificielle, une donnée qui vient complexifier davantage le défi énergétique auquel le continent africain est déjà confronté.
L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle replace l’énergie électrique au centre des enjeux géopolitiques et technologiques mondiaux. Pour l’Afrique, engagée depuis des années dans un effort pour renforcer ses capacités de production et élargir l’accès de ses populations à l’électricité, cette nouvelle donne ajoute une couche de complexité à un chantier déjà colossal. L’électricité devient désormais une ressource stratégique pour héberger et faire fonctionner les infrastructures de stockage et de traitement des données.
Pour étayer son propos, Elon Musk a pris l’exemple de la Chine, qu’il présente comme un concurrent redoutable dans la course mondiale à l’intelligence artificielle, notamment en raison de sa capacité de production électrique qu’il juge supérieure à celle cumulée des États-Unis, de l’Europe et de l’Inde. Les chiffres du secteur viennent conforter cette analyse. D’après l’Agence internationale de l’énergie, la consommation électrique mondiale des centres de données a atteint près de 415 TWh en 2024, un volume qui pourrait plus que doubler d’ici 2030 pour atteindre 945 TWh, porté par une progression annuelle moyenne estimée à 15 %.
La Banque mondiale range d’ailleurs l’énergie, les infrastructures numériques et les capacités de calcul parmi les piliers indispensables au déploiement de l’intelligence artificielle. Rapportée à la production du continent africain, cette consommation mondiale prend une tout autre ampleur. Selon les données d’Ember, l’Afrique dans son ensemble n’a produit qu’environ 998 TWh d’électricité en 2025, soit à peine plus du double de ce que les centres de données du monde entier consomment déjà à eux seuls.
Cette réalité se traduit logiquement par un poids encore marginal du continent dans l’infrastructure numérique mondiale. D’après l’African Data Centres Association, l’Afrique ne pèse que 0,6 % des capacités mondiales de centres de données, avec 360 MW actuellement en exploitation, 238 MW en chantier et 656 MW supplémentaires programmés.
Renforcer l’offre électrique africaine ne répondrait donc plus seulement à l’objectif classique d’élargir l’accès à l’énergie et de soutenir l’industrialisation du continent. Cet effort conditionnerait également la capacité des économies africaines à accueillir les infrastructures nécessaires à l’appropriation d’une technologie que la Banque mondiale décrit comme en train de transformer en profondeur, et à un rythme inédit, la façon dont les sociétés apprennent, travaillent et accèdent au savoir.
Souvenir ZANNOU

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