À l’égard des autres cultures et ethnies du Bénin, les Baatonnu et les Bô se démarquent et se font remarquer par le Tèkè. Le Tèkè est une danse culturelle très répandue au nord du Bénin et est le plus souvent sollicitée lors des événements de réjouissance. Dans un entretien accordé à la rédaction du quotidien Éveil Info, Djibril Sabinanta, président du Groupe Tèkè de l’université de Parakou, fait la lumière sur cette danse culturelle.
Le Tèkè, la marque culturelle du peuple Baatonnu et alliés ! Il se veut une danse cadencée, sollicitée au cours de certains événements. Il s’agit bien évidemment des cérémonies d’intronisation d’un roi, des mariages, des baptêmes et bien d’autres événements qui suscitent de la joie. L’histoire raconte que le Tèkè serait d’origine malienne. Il n’a pas été conçu et développé en milieu Baatonu mais plutôt au Mali. Il se jouait par les troupes cavalières du Mali. Il est devenu le propre des peuples Bariba et Bô après que les Maliens ont effectué une visite chez l’empereur et l’ont dansé. Magnifique aux yeux de la communauté, il a été copié et se fait danser désormais par les Baatonu et les Bô. Au début, seuls les hommes dansaient le Tèkè, puisqu’il nécessite d’abord assez de force et de souffle. De même, les bâtons tenus par les danseurs, sculptés en forme de sexe masculin, symbolisent la virilité et la force. Rien que cette forme de bâton que doivent tenir les femmes pour danser en face du public a conduit à leur exclusion parmi les danseurs. Mais au fil des années, les femmes aussi se sont impliquées et aujourd’hui, elles esquissent les pas de danse avec détermination et plaisir.
Les pas de danse du Tèkè sont esquissés avec grande justesse en concordance avec le rythme des tambours et des bâtons. Il se danse les pieds nus par des danseurs en nombre pair. Au minimum, quatre personnes dansent le Tèkè, accompagnées par deux catégories de batteurs : les batteurs des grands tambours et ceux des petits tambours. Aussi simple qu’il peut paraître, le Tèkè relève d’autres défis, surtout dans la sphère spirituelle. Suivant le rythme harmonisé des différentes séquences de chants accompagnées des tambours, il s’exécute par un mouvement d’ensemble des danseurs. Spécifiquement, ces danseurs sont munis de queues de bœuf pour donner les signaux à chaque séquence de danse. C’est aussi l’un des outils sacrés du Tèkè pour la défense spirituelle des danseurs.
Bien qu’il n’ait pas à l’origine été une danse cultuelle ou sacrée, il peut susciter des attaques spirituelles, notamment de la part des spectateurs dans l’intention de nuire aux danseurs. À cet effet, il y a un homme spirituel de la danse qui assure la défense des autres danseurs. Il s’appelle « Bagoudou » et est le coach de la danse. Particulièrement, il joue aussi le rôle de motivateur. L’autre personne qui protège de même les danseurs sur le plan spirituel est une femme. Elle participe à la danse tout en ayant un miroir dans lequel elle fait mirer les danseurs. Le miroir symbolise d’abord la beauté mais cache aussi l’esprit des danseurs. Puisque le Tèkè se danse les pieds nus, des personnes de mauvaise foi peuvent se servir du sable de l’empreinte du danseur dans l’intention de lui porter atteinte. Le miroir cache à cet effet l’esprit de cette personne et rend nulle l’action de la personne nocive.
Il faut signaler que les chansons fredonnées par les danseurs du Tèkè sont composées de proverbes, de louanges, de remerciements et autres.
Germain ALOZE (Stagiaire)
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Très beau texte et de belles illustrations.
La culture c’est tout ce qui nous reste lorsqu’on aurait tout perdu dit-on !🙏🙏🙏