(Un appel à Gbetchehou et Gbèzé des Collines)
Le décès soudain de Dèdomè, fils du regretté Pierre Dossou Aïhoun, plus connu sous le nom de Gbèmawonmèdé, figure emblématique du rythme traditionnel Lomba, suscite une vive émotion dans le département du Zou et au sein du monde culturel béninois. Trois ans après la disparition de celui qui était considéré comme le maître incontesté de cet art musical, cette nouvelle perte relance le débat sur la préservation des patrimoines culturels immatériels et sur les difficultés liées à leur transmission.
Par Michel K.
Le jeune artiste Dèdomé rejoint la félicité céleste alors que le deuil de son feu père peine à quitter les cœurs. Dans le pays Agonlin, le Lomba dépasse le cadre d’une simple expression artistique. Pour de nombreux acteurs culturels, il constitue un héritage identitaire, porteur d’une histoire, d’une philosophie et de pratiques traditionnelles qui nécessitent une connaissance approfondie. À ce titre, Dèdomè apparaissait comme l’un des principaux dépositaires de cet héritage, avec l’ambition de poursuivre l’œuvre de son père et d’assurer la continuité de ce patrimoine.
Sa disparition prématurée soulève désormais une interrogation majeure : qui pourra assurer la relève et garantir la pérennité du rythme Lomba qui a le devoir de traverser aussi l’océan et de rapporter de l’argent frais au Bénin ? Cette question est d’autant plus sensible que plusieurs gardiens de la tradition estiment que la transmission de cet art obéit à des règles culturelles et initiatiques particulières. D’autres y voient avant tout un défi de sauvegarde du patrimoine, qui appelle une meilleure organisation de la succession artistique et de la formation des nouvelles générations.
Au-delà de l’émotion, cette disparition met en lumière les fragilités auxquelles sont confrontées plusieurs expressions culturelles traditionnelles du Bénin. Lorsque les savoirs demeurent concentrés entre les mains d’un nombre limité de détenteurs, le risque de voir disparaître une partie du patrimoine devient réel au fil des générations. Cette situation interpelle également d’autres communautés artistiques du pays.
Entre Gbétchéhou et Gbèzé, à qui profite la crise ?
En région “Mahi Mon Só” des collines, par exemple, le Tchinkounmè (ou Gota) est souvent cité comme un exemple d’évolution. Il a permis l’internationalisation d’un rythme traditionnel qui s’ouvre à un public plus large tout en gagnant en visibilité. Toutefois, cette dynamique est aujourd’hui accompagnée de rivalités entre certains acteurs du milieu, lesquelles alimentent régulièrement les débats autour de la gouvernance et de la représentativité de cette expression culturelle.
Si ces divergences peuvent parfois relever de stratégies de communication ou de compétition artistique, plusieurs observateurs estiment qu’elles risquent de détourner l’attention des véritables enjeux : la sauvegarde du patrimoine, la formation des jeunes artistes, la documentation des savoirs traditionnels et la valorisation internationale des rythmes béninois.
Le décès de Dèdomè rappelle ainsi l’urgence d’engager une réflexion nationale sur la conservation du patrimoine culturel immatériel. Au-delà des émotions et des croyances qui entourent certaines traditions, la question fondamentale demeure celle de la transmission des connaissances, de la préparation de la relève et de la responsabilité collective dans la protection des héritages culturels.
Plus qu’un hommage à une famille d’artistes, cette tragédie invite les acteurs culturels, les autorités et les communautés traditionnelles à renforcer les mécanismes de sauvegarde afin que des rythmes emblématiques comme le Lomba continuent de faire vivre l’identité culturelle béninoise pour les générations futures.
