Longtemps perçu comme une activité marginale, le secteur informel est aujourd’hui devenu, pour des millions de Béninois, une stratégie vitale de survie. Face au chômage, à la pauvreté et à l’absence d’opportunités économiques durables, travailler dans l’informel n’est plus un choix par défaut : c’est un moyen d’exister.
Au Bénin, plus de 90 % des actifs occupés évoluent dans l’économie informelle selon les chiffres officiels. Petits commerçants, artisans, conducteurs de taxi-moto, vendeurs ambulants… tous pallient au quotidien l’absence d’emplois stables. Ce phénomène, loin d’être marginal, révèle les limites d’une économie formelle incapable d’absorber l’énergie d’une population jeune et dynamique.
Pour beaucoup, lancer une petite activité informelle est devenu la seule voie pour ne pas sombrer dans la misère. Vendre des fruits, réparer des motos, coudre des habits ou proposer ses services dans les marchés : autant d’activités improvisées qui permettent de nourrir une famille, de payer des loyers, d’envoyer un enfant à l’école. Mais l’informel, tout en apportant un soulagement immédiat, piège aussi les travailleurs dans un cercle vicieux : revenus faibles et instables, absence de protection sociale, conditions de travail précaires, difficulté à croître ou à se formaliser.
Avec le temps, l’informel s’installe comme une norme économique silencieuse. Les jeunes générations elles-mêmes, diplômées ou non, finissent par intégrer l’idée qu’il faut se débrouiller seul, loin de toute structure étatique ou entrepreneuriale classique. Cette banalisation de l’informel menace à terme la croissance du pays, l’élargissement de l’assiette fiscale, la couverture sociale et l’égalité des chances.
Pour éviter que le Bénin ne devienne un pays sous-développé organisé par l’informel, des solutions existent : soutenir l’auto-entrepreneuriat, simplifier la création d’entreprises légales, offrir des filets sociaux même aux petits entrepreneurs, et valoriser les métiers techniques, artisanaux et de service. L’informel est aujourd’hui une bouée de sauvetage. Mais il ne doit pas devenir le seul horizon économique d’une nation. Construire une alternative viable, inclusive et durable est un défi national. Le choix appartient aux décideurs… et à toute une génération en quête de dignité.
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