FREEDOM 250 À KARA : L’Ambassade des États-Unis outille 30 acteurs du numérique et de l’information du Togo et du Bénin contre la désinformation à l’ère de l’IA

Pendant trois jours, du 4 au 6 août 2026, 30 jeunes leaders, dont 15 Béninois et 15 Togolais, ont été formés à Kara sur l’intelligence artificielle, le fact-checking et la manipulation de l’information. Une initiative de l’Ambassade des États-Unis au Togo et au Bénin, mise en œuvre à travers les Espaces américains, qui ambitionne de renforcer l’esprit critique de la jeunesse tout en faisant émerger des collaborations transfrontalières. À l’issue des travaux, les participants ont reçu leurs attestations de formation.

✍️ Patrice BIAOU

La progression fulgurante de l’intelligence artificielle et l’accélération de la circulation des contenus numériques imposent de nouvelles exigences en matière de maîtrise technologique et d’intégrité de l’information. C’est dans cette perspective que l’Ambassade des États-Unis au Togo et au Bénin a organisé, du 4 au 6 août 2026 à l’Université de Kara, le Freedom 250 Cross-Border Innovation Workshop. Mis en œuvre à travers les American Corners de Kara et de Parakou, cet atelier a réuni trente jeunes leaders, dont quinze venus du Togo et quinze du Bénin, autour de l’intelligence artificielle, du fact-checking et des enjeux liés à la manipulation de l’information.

L’initiative s’inscrit dans le cadre de Freedom 250, qui marque les 250 ans des États-Unis et met en avant des valeurs telles que la liberté, l’innovation, l’esprit d’entreprise et la responsabilité citoyenne. À travers cette rencontre, l’Ambassade des États-Unis entend contribuer au renforcement des compétences d’une jeunesse appelée à évoluer dans un environnement numérique où la distinction entre information authentique et contenu artificiellement fabriqué devient de plus en plus délicate. Dans son intervention à l’ouverture, Dr Sowou Djifa Nathanaël, Coordonnateur des Espaces américains du Togo, a relevé l’influence croissante de l’intelligence artificielle sur les modes d’apprentissage, de travail, de communication et d’entrepreneuriat. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’un usage éthique et responsable de ces technologies, particulièrement dans le domaine de l’information.

Cette exigence de responsabilité s’est doublée d’une volonté de rapprocher les jeunesses béninoise et togolaise. Angèle Tantoukouté, Directrice du Centre américain de Cotonou et Coordonnatrice du réseau des Espaces américains au Bénin, a présenté l’atelier comme une occasion de faire de la frontière entre les deux pays un espace de circulation des idées, des compétences et des initiatives. Elle a encouragé les participants à ne pas considérer ces trois jours comme une simple session de formation, mais comme le point de départ de relations professionnelles et de collaborations susceptibles de produire des résultats au-delà de la rencontre. Au nom de la Présidente de l’Université de Kara, Dr Stephen Mouzou, conseiller chargé de la prospective et de la veille stratégique, a souhaité la bienvenue aux participants et les a invités à demeurer attentifs aux enseignements, tout en faisant de ce brassage le commencement de futurs partenariats.

Comprendre l’IA pour mieux déjouer la manipulation de l’information

Le contenu pédagogique de l’atelier a articulé compréhension de l’intelligence artificielle, vérification des contenus et réflexion sur les possibilités économiques offertes par ces technologies. Le Professeur Moutorey, professeur de sociologie urbaine et deuxième vice-directeur chargé des affaires académiques et de la scolarité à l’Université de Kara, a notamment consacré son intervention à l’écosystème américain de l’intelligence artificielle. Les échanges ont permis d’examiner les particularités de certains outils, notamment en rapport avec leurs bases et banques de données, mais également leurs capacités de production de textes, d’images et de vidéos.

L’un des enseignements majeurs a porté sur le paradoxe de l’IA : technologie susceptible de faciliter l’accès au savoir et d’accroître la productivité, elle peut également être mobilisée pour fabriquer des contenus trompeurs. Les participants ont ainsi été sensibilisés aux procédés permettant de détecter les productions générées artificiellement et de distinguer les contenus fiables de ceux qui relèvent de la manipulation. Pour le Professeur Moutorey, l’enjeu est désormais celui de l’appropriation. « Nous sommes aujourd’hui à un tournant existentiel pour les sociétés africaines », a-t-il soutenu, invitant la jeunesse à faire de la maîtrise de ces technologies un levier de développement et non un simple outil de consommation.

Le volet consacré au fact-checking a approfondi cette problématique. Formateur au cours de l’atelier, Dr Stephen Mouzou, maître de conférences en logistique et communication à l’Université de Kara, a d’abord établi les distinctions entre désinformation, mésinformation et malinformation, avant d’examiner leurs implications politiques, sociales, culturelles et religieuses dans les sociétés ouest-africaines. Les échanges ont également permis de rapprocher ces pratiques des dispositifs juridiques en vigueur au Togo et au Bénin dans les domaines de la régulation des médias, de la cybersécurité et de la protection des données.

Les participants ont ensuite été initiés à une méthodologie de vérification reposant sur une dizaine d’étapes et plusieurs outils numériques. Copilot, Gemini, Google Lens, Deep Search et InVID, entre autres, ont été mobilisés pour examiner différents types de contenus. Cinq groupes de travail ont été constitués afin de permettre aux participants de mettre en pratique les connaissances acquises. Les exercices ont porté sur l’identification et la vérification de contenus suspects, avant une restitution devant un jury. Selon Dr Stephen Mouzou, la qualité des présentations a témoigné de l’intérêt et de l’engagement des participants.

Des acquis qui devraient désormais irriguer les organisations et les communautés

Au terme de la formation, les témoignages recueillis auprès des participants traduisent une appropriation concrète des enseignements. Kpatika Kpona Sekpané, journaliste et doctorant togolais, estime que cette expérience lui permettra de renforcer le contrôle des sources et des informations avant leur diffusion. Il relève également l’intérêt des outils d’intelligence artificielle pour la recherche et entrevoit de nouvelles possibilités professionnelles dans la production et la monétisation des contenus.

Chakira Sibabi-Louwo, étudiante en deuxième année de sociologie et entrepreneure, retient notamment la découverte de différents outils d’IA et les écarts de fonctionnalités entre certains écosystèmes technologiques. Les exercices pratiques lui ont permis d’apprendre à analyser des textes et des images, à identifier certains contenus générés artificiellement et à confronter les productions numériques aux faits. Elle souhaite que de telles initiatives se poursuivent entre le Bénin et le Togo, tout en saluant la place accordée aux jeunes femmes dans cette dynamique.

Au Bénin, Brigitte Téna N’kouei, secrétaire générale de l’Organisation des Jeunes pour un Cyberespace Sécurisé, entend mettre les connaissances acquises au service des actions de son organisation. Déjà engagée dans la cybersécurité, elle estime que la maîtrise des outils de vérification et l’usage raisonné de l’IA permettront d’approfondir les projets consacrés à la lutte contre la désinformation. Elle a également insisté sur l’importance du réseautage entre jeunes des deux pays et sur la possibilité de concevoir des initiatives communes en faveur d’un cyberespace plus sûr.

Même perspective chez Tchoropa Nectopa, participante béninoise, qui entend procéder à des restitutions au sein de son organisation, dans sa ville et auprès des communautés. Pour elle, les connaissances acquises doivent désormais dépasser le cercle des participants afin de contribuer à une meilleure compréhension des dangers de la désinformation et de ses conséquences sur les communautés.

De la formation à la construction d’un réseau transfrontalier

Au-delà des compétences techniques, le rapprochement entre participants apparaît comme l’un des acquis structurants de l’atelier. Les échanges entre jeunes professionnels, étudiants, entrepreneurs et acteurs de la société civile des deux pays ont permis de faire émerger des contacts et des perspectives de collaboration. Cette dimension répond à l’ambition exprimée par Angèle Tantoukouté de voir naître, à partir de cette expérience, un véritable réseau d’innovation Togo-Bénin.

Pour Dr Stephen Mouzou, cette rencontre ne saurait cependant constituer un aboutissement. Elle marque plutôt, selon lui, « la fin d’une étape, mais certainement pas la fin du processus ». Le formateur préconise déjà la tenue, dans un ou deux ans, d’une nouvelle rencontre davantage orientée vers la conception de solutions numériques adaptées aux réalités africaines. L’objectif serait de passer progressivement de l’utilisation des outils existants à la création de solutions « par et pour les Africains », tout en ouvrant aux jeunes des perspectives de création de services et d’activités économiques.

Le Professeur Moutorey partage cette vision d’une jeunesse appelée à prendre une place plus importante dans la transformation technologique du continent. Pour lui, la maîtrise de l’intelligence artificielle constitue désormais un enjeu stratégique pour les sociétés africaines. S’approprier ces technologies, comprendre leurs potentialités, mais également leurs limites et leurs risques, revient à se donner les moyens de participer pleinement aux mutations économiques et géostratégiques en cours.

Au terme des trois jours de travaux, les trente participants ont reçu leurs attestations de formation, consacrant l’achèvement officiel de l’atelier. Mais l’enjeu véritable se situe désormais dans la capacité des bénéficiaires à restituer les connaissances acquises, à les intégrer dans leurs pratiques professionnelles et associatives et à prolonger les liens noués à Kara. À travers le Freedom 250 Cross-Border Innovation Workshop, l’Ambassade des États-Unis aura ainsi créé un cadre où formation, esprit critique, innovation technologique et coopération transfrontalière se sont rencontrés. Une première étape qui pourrait, à terme, contribuer à faire émerger une génération de jeunes Togolais et Béninois mieux préparés à relever les défis d’un espace numérique en pleine mutation.

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