La volonté de l’État béninois de prendre officiellement en main l’organisation de la Gaani à Nikki, à compter de l’édition 2026, suscite un vif débat dans l’opinion publique. Présentée comme une volonté de faire changer d’échelle à l’un des rendez-vous culturels majeurs du pays, à l’instar du festival des masques de Porto-Novo et des Vodun Days de Ouidah, cette implication accrue du pouvoir public soulève cependant des interrogations sur la place de l’État dans la gestion des traditions et des identités culturelles.
Par Michel KANLINSOU
Entre valorisation culturelle et débat sur la laïcité, les béninois semblent partagés.
Sur les réseaux sociaux, les positions sont loin d’être unanimes.
Pour certains internautes et en réponse à une publication du média local Banouto, l’intervention de l’État constitue une opportunité de mieux promouvoir la Gaani, sans pour autant remettre en cause le caractère laïc de la République. Anderson Baboza estime ainsi que « Gaani est mieux que Vodun Mahou ( Vodundays, ndlr) », considérant que la valorisation d’une tradition culturelle ne doit pas être automatiquement assimilée à une pratique spirituelle.
Une position soutenue par Esaïe Orou Yiro, tandis que d’autres internautes dénoncent ce type de comparaison. Muhideen Lawani juge notamment ces propos « très graves », estimant que de telles oppositions entre expressions culturelles et religieuses ne contribuent pas au débat.
La crainte d’une récupération politique
La controverse prend une dimension supplémentaire avec la tribune de Gounou Onésime Guera, ancien jeune parlementaire qui se présente comme un fils Wassangari. Pour lui, la décision gouvernementale dépasse le simple accompagnement d’un événement culturel et s’apparente à une forme de récupération politique.
Il met notamment en garde contre l’amalgame entre la Gaani et les Vodun Days. Selon son analyse, les deux événements ne reposent ni sur la même histoire ni sur les mêmes fondements.
La Gaani, rappelle-t-il, est avant tout une fête « identitaire, ethnique et historique » des peuples Baatonu et Bôo, dont les racines remontent à plusieurs siècles. À ses yeux, l’État peut accompagner l’événement sur les plans financier, logistique ou sécuritaire, mais une prise de contrôle de son organisation risquerait de porter atteinte à ce qu’il considère comme son intimité culturelle.
Les têtes couronnées au cœur des critiques
La responsabilité des autorités traditionnelles est également interpellée. Gounou Onésime Guera dénonce notamment l’attitude des têtes couronnées, « en commençant par le Sinaboko », qu’il estime devoir jouer un rôle essentiel dans la préservation de l’autonomie culturelle de la Gaani.
Cette critique pose une question plus large : jusqu’où l’État peut-il intervenir dans la promotion d’une tradition sans modifier les équilibres historiques qui lui donnent son sens ?
Une Gaani 2026 sous haute attention
Au-delà de la polémique, l’enjeu est désormais de trouver un équilibre entre deux impératifs : permettre à la Gaani de bénéficier d’une meilleure visibilité nationale et internationale, tout en préservant son caractère historique et identitaire.
La modernisation d’un événement culturel ne signifie pas nécessairement son appropriation par l’État. À l’inverse, la préservation d’une tradition ne devrait pas empêcher les pouvoirs publics de contribuer à sa promotion, à sa sécurisation et à sa professionnalisation.
C’est précisément dans cet équilibre que se jouera l’édition 2026 de la Gaani. À Nikki, la fête ne sera donc pas seulement un rendez-vous culturel : elle constituera aussi un test grandeur nature de la capacité du Bénin à concilier modernisation de l’action publique, diversité culturelle et respect des identités historiques.

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