Le harcèlement sexuel dans les universités béninoises n’est pas une affaire nouvelle, mais un récent scandale à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) relance les débats. Derrière ce cas, pourrait bien se cacher un système gangrené par les abus de pouvoir et les inégalités. Loin d’être un simple incident ou des cas isolés, ce phénomène semble être silencieusement mais profondément ancrer dans la structure même de ces institutions, mettant en péril l’avenir de nombreux jeunes.
Un scandale et réactions immédiates des autorités
Un scandale de harcèlement sexuel ébranle actuellement l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Au cœur de l’affaire, un enseignant du département de socio-anthropologie, accusé d’abus de pouvoir sur une étudiante en troisième année de licence. Selon les informations relayées, c’est le père de la victime, un géographe de formation, qui a découvert des échanges compromettants sur le téléphone de sa fille. Après des révélations accablantes de cette dernière, il a alerté les autorités universitaires via un audio adressé au vice-doyen de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (FASHS). Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le rectorat de l’UAC a pris des mesures immédiates en suspendant l’enseignant de toutes ses fonctions pédagogiques et d’encadrement. « L’UAC ne tolère pas et sanctionnera avec la dernière rigueur de tels actes en son sein », a affirmé Prisca Sokêhoun Gogan, secrétaire générale et présidente de l’Observatoire genre à l’UAC. En parallèle, l’université a annoncé son intention de saisir le procureur de la République. Une démarche que beaucoup saluent, mais qui pose la question de la persistance de tels comportements dans les institutions d’enseignement supérieur.
Un mal apparemment enraciné
En effet, ce cas serait loin d’être isolé. L’internaute Germain Iroko Oussou Ouedraogo, dans une lettre ouverte au président Patrice Talon, dresse un tableau sombre des abus en milieu universitaire. Il y dénonce un « taux alarmant de harcèlement sexuel, financier, psychologique et physique ». Selon lui, ces pratiques ont poussé de nombreux étudiants, hommes et femmes, à abandonner leurs études. Les récits poignants qu’il partage sont accablants. Il évoque des étudiants brillants contraints d’abandonner leurs études à cause de pressions exercées par des enseignants abusant de leur pouvoir. Parmi eux, des jeunes femmes refusant de céder à des avances indécentes, mais aussi des étudiants blacklistés et condamnés à l’échec par vengeance. Dans son récit, il évoque un camarade qui, sous la pression et les injustices d’un enseignant, a perdu sa santé mentale et vu son avenir brisé. Le problème dépasse les simples abus sexuels. Les universités béninoises semblent parfois être le théâtre d’une relation de domination où certains enseignants abusent de leur statut pour satisfaire des intérêts personnels. Germain Iroko parle de « dieux » universitaires, des professeurs qui usent de leur pouvoir pour intimider ou éliminer des étudiants prometteurs qu’ils perçoivent comme une menace.
Des mesures à la hauteur des enjeux ?
Au cœur de cette problématique, la question de la vulnérabilité des étudiants revient souvent. Comme le souligne la secrétaire générale de l’UAC, cette vulnérabilité découle de la relation d’autorité entre enseignants et apprenants. Une étudiante, encadrée pour son mémoire par un professeur, se retrouve dans une position délicate. Refuser des avances peut signifier compromettre son avenir académique. Ce cas particulier a également des implications pour l’image de l’UAC. « C’est une situation qui affecte la réputation de l’université dans un contexte où l’UAC œuvre ardemment à l’amélioration de sa visibilité et de sa crédibilité », déplore Prisca Sokêhoun Gogan. La tolérance zéro affichée par les autorités académiques est un premier pas, mais elle doit être suivie d’actions concrètes et durables.
Malgré les mesures prises, une question demeure : ces initiatives suffiront-elles à enrayer un mal qui semble profondément ancré ? Des mécanismes de contrôle et de sanction existent, mais ils sont souvent insuffisants ou mal appliqués. La culture de l’impunité, dénoncée par plusieurs observateurs, ne peut être brisée que par une réforme structurelle. Ce fléau interroge aussi la société dans son ensemble. Pourquoi autant de victimes se taisent-elles ? La peur des représailles, le poids des tabous et le manque de soutien institutionnel expliquent en partie ce silence. Mais il revient à chaque acteur de jouer son rôle. Les étudiants doivent être encouragés à dénoncer, tandis que les familles, les organisations de la société civile et l’État doivent les soutenir. L’appel lancé par Germain Iroko est un cri de détresse, mais aussi une opportunité d’agir collectivement pour réformer le système.
L’affaire de l’UAC n’est pas qu’une simple dérive individuelle. Elle révèle un mal plus profond qui ronge nos universités. Face à ces « dieux » tout-puissants, il est temps que la république universitaire renoue avec ses valeurs : équité, respect et mérite. Et pour protéger également l’avenir des jeunes, il est urgent de briser le silence, d’assainir le milieu universitaire et de restaurer la confiance. En attendant, chaque voix, chaque action compte pour dire : « Assez, c’est assez ! »
José Pascaël AGBO
