JOURNÉE DE L’ENFANT AFRICAIN : Pendant que l’on célèbre, des enfants mendient encore dans l’indifférence

Ce 16 juin, comme chaque année, le Bénin se joint au reste du continent pour marquer la Journée de l’Enfant Africain. Une occasion solennelle de rappeler l’engagement des États africains envers les droits et le bien-être de leurs enfants. Mais derrière les slogans officiels, une autre réalité persiste, nue, crue, dérangeante. Celle des enfants talibés, ces jeunes garçons contraints à la mendicité quotidienne dans les rues de nos villes, en violation flagrante de tous les principes que cette journée prétend célébrer.

À Parakou, Djougou, Natitingou ou Cotonou, ils sont des centaines à errer chaque jour, bol en main, pieds nus, visages poussiéreux. Invisibles dans les rapports d’activité ministériels, absents des priorités budgétaires, mais omniprésents dans les carrefours et les marchés, où ils survivent dans des conditions d’une précarité extrême. Pour eux, l’enfance n’est pas un droit, c’est une épreuve. Et cette journée, censée leur rendre hommage, ne change rien à leur quotidien.

Le phénomène n’est pas marginal. Il est systémique. Issu d’un modèle d’enseignement religieux traditionnel qui a lentement dérapé, il s’est transformé en un réseau d’exploitation à ciel ouvert, où l’on confond initiation spirituelle et esclavage moderne. Et si ce système continue de prospérer, c’est bien parce qu’aucune réponse politique ferme n’a été opposée à son enracinement. L’État béninois, en dépit des multiples alertes de la société civile, reste englué dans un silence préoccupant.

L’ironie est amère : pendant que l’on coupe des rubans pour célébrer les droits des enfants, des gamins de 6 à 13 ans, livrés à eux-mêmes, dorment sous les porches, mangent dans les poubelles, échappent à l’école, échappent à l’État. Ces enfants sans voix, sans encadrement, sans protection, sont les grands absents des célébrations officielles. Pourtant, leur situation cristallise toutes les défaillances du système de protection de l’enfance dans notre pays.

Le plus inquiétant, c’est que cette faille sociale devient une faille sécuritaire. Dans un contexte de montée des extrémismes dans la sous-région, ces enfants déscolarisés, marginalisés, endurcis, deviennent des cibles faciles pour les recruteurs djihadistes. La vulnérabilité devient alors un terrain fertile pour le radicalisme. Et pendant que les décideurs évitent le sujet, le risque grandit.

Cette Journée de l’Enfant Africain ne saurait être une simple formalité. Elle doit être un cri. Un électrochoc. Car on ne peut pas continuer à commémorer sans agir. À célébrer sans protéger. À promettre sans réformer. Il est temps d’engager une politique de rupture. De recenser, de protéger, d’éduquer, de réinsérer. Il est temps de fermer les canaux de la mendicité organisée, de réprimer les abus, et d’offrir à ces enfants autre chose qu’un bol tendu : une école, une famille, une dignité.

L’Afrique ne grandira pas sur les genoux de ses enfants. Et tant que les rues resteront le seul avenir de certains, la célébration du 16 juin restera une hypocrisie de plus sur l’agenda républicain.

Patrice BIAOU

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