C’est fait ! La rupture ne laisse personne en rade. Des mesures, elle en trouvera pour tout ce qui vit sur terre, dans les eaux, dans l’air et même sous terre ! Alors que les jérémiades et autres récriminations des vivants sur la floppée de réformes continuent de monter vers le Père céleste, elle vient de convier les morts au festin des plaintes contre elle. Désormais, plus rien ne sera comme avant. De nouvelles mesures régissent dorénavant le séjour des défunts sur terre et dans leurs caveaux. Finis les séjours glaciaux indéterminés dans nos morgues énergivores. Et puis, plus d’enterrement sans procédure administrative règlementée et conséquemment suivie. Même dans l’intimité familiale, les défunts doivent être sûrs de leur séjour éternel aux royaume des morts en jouissant notamment d’un traitement bio qui se veut respectueux des normes environnementales et sanitaires. Voilà qui montre que la rupture ne laisse rien en désordre et que chaque composante sociale doit être mise sous coupe réglée avant que ne finisse l’ère du Bénin réformé. C’est à raison, il faut le reconnaître. Car la pagaille dont nous sommes réputés être dépositaire en tant que pays a fini par élire domicile dans le secteur funéraire où tout se passait comme si les morts étaient des moins que rien que les indélicats vivants pouvaient soumettre à leur lubies. Reste maintenant à réguler la suite des cérémonies funéraires. Les réceptions bruyantes qui virent de plus en plus à des intoxications alimentaires savamment orchestrées doivent maintenant passer à la casserole des réformes. La consommation abusive et sans commune mesure de l’alcool et tout le tintamarre que constitue la suite des funérailles doivent être aussi réglementées pour donner un visage plus humain à nos cultes aux morts. C’est le nouveau chantier qui doit s’ouvrir avant que la baraque de la rupture ne mette la clé sous le paillasson. Ces dépenses inutiles et appauvrissantes pour des cérémonies funéraires ne devraient plus continuer à avoir droit de citer dans des communautés où les gens mangent difficilement un morceau de poulet par an. Les morts doivent cesser d’être des motifs de réjouissances déshumanisées pour devenir des motifs de recueillements sincères et de méditation profonde sur le sens à donner à l’existence humaine pour le bien de chacun et le devenir de la communauté. C’est un chantier qui doit donc continuer et ne pas s’arrêter en si bon chemin. Et il faudra veiller à ce que les puissants du moment ou d’un autre moment n’échappent à ces restrictions au nom de leur pouvoir d’achat et de leur position qui leur donneraient plus le droit de s’exhiber à des occasions d’enterrement au détriment des moins nantis. C’est à ce niveau que la sincérité de cette nouvelle disposition se mesurera. Avis donc à ces en haut de en haut qui ont toujours tendance à vouloir se montrer au dessus de la loi. Respectez aussi vos morts. Ils sont au dessus de vos lubies.
Raoul HOUNTONDJI
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