Depuis ce lundi, Parakou est devenue, pour deux jours, la capitale de la lutte contre les dérives financières modernes. Dans un grand hôtel de la ville, des journalistes et représentants d’organisations de la société civile venus des quatre départements du Nord du pays participent à un atelier de formation axé sur les risques liés aux crypto-actifs, à l’épargne informelle, et à la vulgarisation de la loi n°2024-01 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive.

Organisée à l’initiative du Conseil National du Crédit (CNC), sous la tutelle de la Banque Centrale, cette session de renforcement de capacités s’inscrit dans une dynamique nationale de protection du consommateur financier. Portée par le ministère de l’Économie et des Finances, et mise en œuvre par la Ligue pour la Défense des Consommateurs au Bénin (LDCB) et Bénin Santé et Survie du Consommateur (BSSC), elle vise à outiller les médias et les OSC pour prévenir les dérives observées ces dernières années sur le marché de l’investissement informel et des monnaies virtuelles.
Pour Ernest Gbaguidi, président de Bénin Santé et Survie du Consommateur, l’urgence est réelle. « C’est au cours de nos travaux que la question des crypto-actifs a été soulevée. Nous avons constaté une prolifération de plateformes de placement non autorisées, promettant des rendements mirobolants, et qui finissent par ruiner les épargnants », a-t-il expliqué. Le Bénin, rappelle-t-il, a déjà payé un lourd tribut à ces systèmes de “ponzi” déguisés, entraînant des pertes colossales pour des milliers de familles.
Aujourd’hui, avec l’essor des crypto-monnaies et autres actifs numériques, une nouvelle menace pointe à l’horizon. Ces actifs, encore dépourvus de cadre réglementaire au Bénin comme dans l’ensemble de l’espace UEMOA, séduisent par leur accessibilité et les gains qu’ils promettent, mais exposent les utilisateurs à des risques majeurs.
« Les crypto-actifs ne sont pas des produits d’investissement sûrs. Ils échappent à tout contrôle institutionnel. Celui qui y place son argent le fait à ses risques et périls », a souligné le Formateur Médéric Houngbo, conseiller technique en finance inclusive et consultant à Inclusive Finance Accelerators.
Le constat est d’autant plus préoccupant que ces produits numériques se présentent souvent sous des formes trompeuses : monnaies virtuelles, NFT, jetons, ou placements en ligne, difficiles à tracer et à encadrer. Cette opacité en fait un terrain fertile pour les opérations de blanchiment d’argent, de financement du terrorisme ou de fraude financière.
L’adoption, en début d’année, de la loi n°2024-01 sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme apparaît dès lors comme une étape majeure pour restaurer la transparence et responsabiliser les acteurs.

L’un des défis soulevés par la rencontre reste la sensibilisation du grand public. Les médias, en tant que relais d’information, doivent désormais vulgariser les bonnes pratiques et aider les citoyens à faire le tri entre opportunité et mirage. « Le rôle des journalistes est central. Ils doivent être les premiers à comprendre les risques, afin de mieux éduquer les populations », a insisté un participant.
À travers cette formation, le CNC et ses partenaires entendent bâtir un réseau de sentinelles financières, capables de décoder les nouvelles menaces numériques et d’orienter les épargnants vers les circuits formels.
Car dans un monde où la spéculation s’habille souvent des apparats de l’innovation, l’information demeure la première ligne de défense.
Patrice BIAOU
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