Dans un contexte où les offres de placement numérique pullulent sur les réseaux sociaux, les crypto-actifs séduisent de plus en plus de Béninois en quête de rendements rapides. Mais derrière cette promesse d’enrichissement facile se cachent de lourds dangers. Non encadrés par la réglementation de l’UEMOA, ces actifs virtuels exposent les épargnants à des pertes irrémédiables. Pour le consultant Médéric Houngbo, conseiller technique en finance inclusive à IFA (Inclusive Finance Accelerators), « s’aventurer dans les crypto-actifs, c’est prendre le risque de tout perdre ».

C’est dans le cadre de l’atelier de formation organisé depuis ce lundi à Parakou par le Conseil National du Crédit (CNC), en partenariat avec le ministère de l’Économie et des Finances et les organisations de consommateurs LDCB et BSSC, que le sujet a été longuement débattu. Devant des journalistes et des représentants d’organisations de la société civile venus des quatre départements du Nord, l’expert Médéric Houngbo a animé un module riche et édifiant sur les risques liés aux crypto-actifs, à l’épargne informelle et à la nécessité de renforcer la culture financière des populations.
« Les crypto-actifs, explique-t-il, sont des actifs numériques portés par la technologie du blockchain, une révolution née en 2008. Mais à ce jour, leur fonctionnement n’est pas encadré par les autorités de régulation, ni au Bénin, ni dans l’ensemble de l’UEMOA. » Cette absence de cadre juridique constitue, selon lui, un danger majeur pour les épargnants. « Au Bénin, les crypto-actifs ne sont pas encore encadrés. Ce ne sont donc pas des actifs sûrs sur lesquels il faut s’aventurer pour épargner ou investir. S’y engager, c’est courir le risque de perdre son argent, sans aucun recours possible. »
Contrairement aux institutions financières agréées, les plateformes de crypto-monnaies n’offrent aucune garantie, ni de stabilité, ni de transparence. Le risque le plus évident, selon l’expert, est celui de la volatilité : la valeur d’un actif numérique peut s’effondrer du jour au lendemain, sans lien avec l’économie réelle. « C’est un marché purement spéculatif, dit-il. Vous pouvez vous réveiller demain et constater que ce que vous aviez hier a perdu toute valeur. »
Pour illustrer ces dérives, Médéric Houngbo évoque la chute du Bitcoin, référence emblématique du secteur : « Entre 2021 et 2022, le Bitcoin a perdu près de 75 % de sa valeur. Imaginez les pertes pour ceux qui y avaient placé leurs économies. » Sur les réseaux sociaux, les arnaques liées aux placements numériques se multiplient. De faux conseillers financiers promettent des rendements de 200 % à 300 % en quelques semaines, jouant sur la naïveté et la cupidité des internautes. « Quand on sait que les produits d’épargne formelle offrent entre 3 % et 7 % de taux d’intérêt, il faut se méfier de tout ce qui semble trop beau pour être vrai », prévient-il.
Face à cette déferlante spéculative, Médéric Houngbo recommande vivement de privilégier les canaux légaux et sécurisés. « Les institutions agréées, banques, systèmes financiers décentralisés, sociétés de gestion et d’intermédiation offrent des produits d’épargne encadrés et garantis. Vous êtes sûr que votre argent est disponible, qu’il ne perd pas de valeur et qu’il sert à financer l’économie réelle. » L’épargne formelle, poursuit-il, permet de planifier ses investissements, de bénéficier d’un accompagnement technique, et surtout, de ne pas tomber dans le piège des réseaux illicites.
Au-delà du risque économique, les crypto-actifs posent aussi un enjeu sécuritaire majeur. Leur caractère anonyme et décentralisé en fait un outil potentiel de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. « Avec la cryptographie et les registres distribués, on ne sait pas qui envoie de l’argent, à qui, ni pour quelle raison », alerte-t-il. C’est d’ailleurs pour encadrer ces dérives que le Bénin s’est doté de la loi n°2024-01 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.
« Cette loi vient combler un vide et protéger nos économies. Mais en attendant un cadre clair pour les crypto-actifs, la prudence reste le meilleur investissement », conclut Médéric Houngbo.
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