Ils sont jeunes, souvent déscolarisés, sans emploi ou en rupture familiale. Leur point commun : un désespoir profond et silencieux. Ces derniers mois, les cas de mort par pendaison se multiplient dans plusieurs villes du Bénin. Si chaque drame est unique, la répétition du scénario interroge. Et met en lumière un mal-être collectif, nourri par l’indifférence sociale et l’absence d’une réelle politique de prévention.
De Cotonou à Parakou, en passant par Bohicon, Djougou ou Porto-Novo, les faits divers rapportent de plus en plus de cas de pendaison, en majorité chez les jeunes. Longtemps tabou, le suicide par pendaison s’impose désormais comme une forme d’expression radicale d’une détresse trop longtemps refoulée. Il ne s’agit plus seulement d’actes isolés, mais d’un signal d’alarme d’une génération à bout de souffle.
Dans un pays où l’emploi se fait rare, où l’école forme encore trop souvent des chômeurs, et où l’encadrement psychosocial est quasiment inexistant, nombre de jeunes sombrent dans la frustration. L’absence d’écoute dans les familles, le manque d’accès aux services de santé mentale et l’isolement social alimentent le sentiment d’inutilité et d’abandon. À cela s’ajoute la pression sociale, notamment sur les jeunes hommes sommés de « réussir », et les jeunes femmes souvent jugées à travers des standards sociaux oppressants.
Les pendaisons sont le symptôme d’un mal plus profond : celui d’une société qui ne sait plus comment prendre soin des siens. Le Bénin accuse un grand retard en matière de santé mentale, avec peu de structures spécialisées, encore moins de psychologues accessibles dans les villes secondaires ou les milieux ruraux. Les rares dispositifs existants manquent cruellement de moyens, et la prévention reste quasi inexistante.
Ce drame collectif ne doit pas être banalisé. Il appelle à une mobilisation urgente des pouvoirs publics, des collectivités, des médias et des familles. La sensibilisation à la santé mentale, la mise en place de cellules d’écoute, l’intégration de modules de bien-être à l’école, la valorisation des talents locaux et la création d’opportunités réelles pour la jeunesse sont autant de pistes à explorer.
Tant que ces morts resteront sans nom, sans réponse, et sans action concrète, elles continueront de se multiplier, dans le silence d’un bitume devenu le théâtre de l’indifférence. Il est temps de faire face. Et d’écouter, enfin, ce cri étouffé.
P. BIAOU
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