Après une première sortie médiatique très remarquée en février dernier, l’ancien président de l’Assemblée nationale Adrien Houngbédji est revenu à la charge, ce mardi 15 avril 2025, à l’occasion du Sommet de la Jeunesse Béninoise. Invité à livrer sa lecture de l’évolution politique du Bénin depuis la Conférence nationale de 1990, le vétéran de la scène politique a tenu des propos qui sonnent comme une piqûre de rappel à la majorité au pouvoir.
Patrice BIAOU
Le cadre est symbolique : un sommet citoyen dédié à la jeunesse béninoise, tenue au Palais des Congrès de Cotonou. Le message l’est tout autant. Face à une assemblée d’étudiants, de jeunes leaders et d’acteurs politiques, Adrien Houngbédji, 83 ans, a déroulé une lecture sévère de l’état actuel de la démocratie béninoise. Et pour lui, le constat est clair : « La démocratie béninoise se porte mal depuis 2019. »
L’ancien président du Parti du Renouveau Démocratique (PRD), désormais absorbé dans l’Union Progressiste Le Renouveau (UPR), n’a pas mâché ses mots. « J’ai présidé l’Assemblée nationale sous plusieurs régimes. Il y a toujours eu des passerelles pour le consensus, pour le respect mutuel. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », a-t-il lancé.
Sous-entendant une dérive autoritaire du régime en place, il a dénoncé une gouvernance basée sur l’exclusion, la peur, et la marginalisation des forces critiques. Pour Houngbédji, ces pratiques mettent en péril l’unité nationale. « Aucune cohésion durable ne peut se construire dans l’exclusion », a-t-il averti, appelant au retour des exilés politiques et à la libération des prisonniers d’opinion.
Mais c’est sur la question électorale que l’ancien Premier ministre a été le plus incisif. Qualifiant le code électoral actuel de « verrou législatif », il a dénoncé un système conçu pour empêcher l’opposition d’exister. « La démocratie, ce n’est pas éliminer ses adversaires par des réformes sur mesure. C’est permettre à chacun de participer librement à la compétition », a-t-il martelé sous les applaudissements d’une partie du public.
Cette prise de parole, bien que prévisible, intervient à moins d’un an des élections générales de 2026. Et elle pourrait rallumer les tensions, tant au sein de la majorité que dans le camp de l’opposition, qui voit en Adrien Houngbédji un allié inattendu et stratégique.
L’ancien président du PRD n’a toutefois pas manqué de lancer un appel à la jeunesse. « Vous avez un rôle capital à jouer. Vous devez être une veille citoyenne, défendre les acquis de 1990, refuser la banalisation de l’injustice. » Ce message, sobre et ferme, résonne comme un héritage politique que Houngbédji transmet à une génération appelée à prendre le relais.
Il faut rappeler qu’une précédente sortie de Me Adrien Houngbédji, en février 2025 lors des vœux aux militants de son ex-parti, avait déjà suscité des remous. Ses critiques sur le climat politique, déjà qualifié alors de « crispé et verrouillé », avaient fait grand bruit, aussi bien dans les cercles proches du pouvoir que dans les rangs de l’opposition.
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