Dans un communiqué rendu public le 31 janvier 2025, le parti d’opposition Les Démocrates exprime son inquiétude face aux évolutions récentes du paysage politique béninois. Entre dénonciation de la réforme du Code électoral et critique du système judiciaire, la formation politique lance une alerte sur ce qu’elle considère comme une menace pour la démocratie et la stabilité du pays.
Au cœur du communiqué, le parti Les Démocrates fustige la modification du Code électoral adoptée le 5 mars 2024. Selon la formation politique, cette réforme introduit un « accord de gouvernance » qui favoriserait les partis au pouvoir – UPR et BR – leur permettant de contourner l’exigence des 20 % de suffrages exprimés dans toutes les circonscriptions électorales. « En effet, l’instauration du concept d’accord de gouvernance au profit exclusif des partis UPR et BR pour suppléer à leur incapacité d’obtenir chacun vingt pourcent (20%) du suffrage exprimé dans toutes les circonscriptions électorales, a sonné dans l’esprit des béninois comme une stratégie ourdie d’usurpation de la souveraineté du peuple qui en est pourtant le seul détenteur » peut-on lire dans ledit communiqué. Cette modification est perçue par Les Démocrates comme une atteinte à la souveraineté populaire et une manœuvre visant à verrouiller le jeu démocratique au profit du régime en place. L’opposition voit dans cette nouvelle disposition une volonté de restreindre la pluralité politique et d’établir un régime de type monarchique. Ce durcissement des règles électorales intervient quelques semaines après l’échec du projet de révision de la Constitution soutenu par la majorité présidentielle, ce qui renforce les suspicions d’un agenda politique visant à contrôler l’ensemble des institutions.
L’autre volet majeur du communiqué concerne le procès en lien avec une affaire présumée d’atteinte à la sûreté de l’État, dont la décision a été rendue par la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) le 30 janvier 2025. Si le parti Les Démocrates se garde de commenter directement le verdict, il met en avant les « irrégularités » relevées par le collège des avocats des accusés, soulignant un traitement judiciaire à géométrie variable. En comparaison avec d’autres affaires – notamment celle portant sur la disparition de quatre milliards de FCFA du caveau de la Direction Générale des Impôts, qui a mis plus de cinq ans avant d’aboutir à un procès – Les Démocrates dénoncent une célérité inhabituelle de la justice qui pourrait traduire une instrumentalisation politique. Le communiqué rappelle également le cas de figures emblématiques comme Réckia Madougou et Joël Aïvo, estimant que la justice béninoise reste un outil entre les mains de l’exécutif, sapant ainsi son indépendance et son impartialité. Le parti d’opposition insiste sur le fait qu’une démocratie ne peut exister sans une justice équitable, garantissant le respect des droits de tous, sans distinction d’opinion politique.
Face à ces inquiétudes, le parti Les Démocrates en appelle directement au Chef de l’État, l’invitant à s’engager dans une dynamique de dialogue politique en vue d’une décrispation avant les élections générales de 2026. Cet appel intervient alors que le climat politique semble se tendre, avec des réformes perçues comme excluantes et une opposition qui peine à trouver un espace d’expression. Pour Les Démocrates, la survie du modèle républicain béninois passe par une concertation inclusive, garantissant des élections libres, équitables et transparentes. L’alternance démocratique, selon eux, ne peut être assurée que dans un climat apaisé, loin des velléités de restriction et des dérives autoritaires.
À travers ce communiqué, le parti Les Démocrates met en lumière les défis actuels du Bénin en matière de gouvernance et de respect des principes démocratiques. Entre une réforme électorale jugée discriminatoire et une justice accusée de partialité, l’opposition dépeint un paysage politique où la démocratie est menacée. Reste à savoir si cet appel au dialogue sera entendu par le pouvoir en place ou si la situation politique continuera de se polariser à l’approche des prochaines échéances électorales. Une chose est sûre : les mois à venir seront déterminants pour l’avenir démocratique du Bénin.
Jean Pierre ABALLO
