Le paysage politique béninois a été secoué ce week-end par une sortie remarquée de Maître Adrien Houngbédji. Lors d’une rencontre avec d’anciens membres du Parti du renouveau démocratique (PRD), l’ex-président de l’Assemblée nationale a tiré la sonnette d’alarme sur l’état de la démocratie au Bénin. S’exprimant sur les dernières actualités, il a dénoncé « les conséquences de l’exclusion » et plaidé pour la libération des détenus politiques ainsi que le retour des exilés. Un appel à la réconciliation qui intervient dans un contexte de crispation politique.
Depuis sa mise en retrait de la scène politique, Adrien Houngbédji s’était fait discret. Mais ce week-end, il est sorti de son silence pour exprimer ses inquiétudes. Dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux, il a critiqué le pouvoir en place, mettant en avant les valeurs de liberté et d’État de droit que le PRD avait toujours défendues. Se prononçant sur une affaire judiciaire en cours, il a estimé qu’elle était symptomatique d’un climat d’exclusion politique. « Ce que nous avons vu cette semaine, c’est la conséquence de l’exclusion. La victime n’est pas mon ami. Donc, ce n’est pas la personne de l’intéressé qui me préoccupe. Ce qui me préoccupe, ce sont les principes », a-t-il affirmé. Une déclaration qui fait écho aux accusations récurrentes de répression politique portées contre le régime en place. Selon lui, le Bénin s’éloigne des idéaux de la Conférence nationale de 1990, moment fondateur du renouveau démocratique du pays.
Adrien Houngbédji n’a pas mâché ses mots face à la situation actuelle. Il a évoqué la détention de figures de l’opposition et l’exil forcé de certains acteurs politiques. « Nous rêvions d’un Bénin de liberté. Nous rêvions d’un Bénin où l’État de droit est respecté. Nous ne voulions pas que des Béninois soient en prison pour des délits d’opinion », a-t-il rappelé. Sa prise de position tranche avec le discours officiel selon lequel il n’existerait ni prisonniers ni exilés politiques au Bénin. Il s’est ainsi inscrit en faux contre cette vision et a insisté sur la nécessité d’un geste fort de la part du pouvoir pour rétablir la confiance.
Pour Maître Adrien Houngbédji, il est temps de mettre fin aux tensions et de rétablir un climat de dialogue. Il a lancé un appel à une concertation nationale pour solder les différends politiques et permettre une véritable réconciliation. « Nous devons rester toujours rassemblés pour construire ensemble le pays. Donc ma conviction forte, c’est que les prisonniers politiques, il faut les sortir. Ma conviction forte, c’est que ceux qui sont en exil, il faut qu’ils reviennent. C’est comme ça que nous avions fait la Conférence nationale », a-t-il déclaré, rappelant que l’histoire du Bénin regorge d’exemples où le dialogue a permis de surmonter les crises. Il a ainsi proposé une initiative symbolique : une rencontre sous « l’arbre à palabre », lieu de discussion traditionnel en Afrique, pour permettre aux acteurs politiques de poser leurs griefs et de trouver des solutions concertées. « J’en appelle de mes vœux à ce que nous nous retrouvions sous l’arbre à palabre, que nous mettions tout sur table », a-t-il conclu.
L’intervention d’Adrien Houngbédji marque-t-elle le début d’un tournant politique ? Son poids historique dans le paysage politique béninois confère à ses propos une importance particulière. Son plaidoyer pour la réconciliation et le dialogue pourrait ouvrir la voie à des discussions essentielles pour l’avenir du pays. Reste à savoir si son message sera entendu par les autorités en place et si une dynamique de décrispation pourra réellement s’amorcer dans les prochains mois.
José Pascaël AGBO
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