En ce mois d’Octobre Rose, la mobilisation contre le cancer du sein s’intensifie partout au Bénin. À cette occasion, Eveil Info a recueilli les propos de Maman Mounaya, sage-femme diplômée d’État, dont l’expérience et la voix comptent dans la sensibilisation des femmes. Avec douceur et détermination, elle plaide pour un dépistage précoce et pour la fin des tabous autour d’une maladie qui continue de faire des ravages, souvent par ignorance ou par peur.

« Le cancer du sein, explique-t-elle, est une multiplication anormale des cellules dans le tissu mammaire. Ces cellules se transforment en tumeurs qui peuvent rester localisées ou s’étendre à d’autres parties du corps. » Pour la sage-femme, tout repose sur la détection précoce : « Plus la tumeur est découverte tôt, plus les chances de guérison sont élevées. Lorsqu’on parle de détection précoce, c’est à un stade où la tumeur est petite, sans atteinte des ganglions ni d’autres organes. C’est ce qui sauve des vies. »
Maman Mounaya invite les femmes à connaître leur corps et à rester attentives aux moindres signes. « Une boule dans le sein ou sous les aisselles, un écoulement anormal du mamelon, un changement de taille ou de forme du sein, une rétraction ou une plaie du mamelon, une peau d’orange ou une rougeur inhabituelle sont des signaux d’alerte. Même en absence de douleur, toute boule doit être prise au sérieux. »
Pour la prévention, elle recommande plusieurs gestes simples et accessibles. « L’autopalpation des seins doit commencer dès l’adolescence, dès l’âge de 15 ans, et se faire chaque mois. L’examen clinique par un professionnel de santé est conseillé dès 25 ans, une fois par an. La mammographie, quant à elle, se pratique à partir de 40 ans pour les femmes à risque et dès 50 ans pour toutes les autres, tous les deux ans. »
Concernant les moyens disponibles, Maman Mounaya se veut rassurante : « Dans nos structures sanitaires, nous avons plusieurs options. L’autopalpation peut être apprise à toutes les femmes. L’examen clinique est réalisable dans les centres de santé, et l’échographie mammaire est accessible pour les plus jeunes. La mammographie existe aussi dans plusieurs hôpitaux et cliniques, et la biopsie est utilisée en cas de suspicion. Durant Octobre Rose, certains de ces examens sont gratuits ou subventionnés. »
Mais les obstacles restent nombreux, notamment en milieu rural. Selon elle, le manque d’information, la peur du diagnostic, la pauvreté, les tabous culturels et la gêne liée à l’examen freinent encore beaucoup de femmes. Elle plaide alors pour une approche communautaire : « Il faut former les sages-femmes, les infirmiers et les agents communautaires. Organiser des cliniques mobiles, rapprocher les services, rendre les examens gratuits ou abordables, impliquer les leaders religieux et coutumiers. C’est ensemble que nous pouvons faire bouger les choses. »
À l’heure où la sensibilisation s’intensifie, Maman Mounaya croit à la force du message de proximité. « Il faut aller vers la population, parler dans les marchés, les écoles, les églises, les mosquées. Utiliser les radios communautaires et les langues locales. Montrer aux femmes comment faire l’autopalpation, raconter les témoignages des survivantes. C’est par la parole et l’exemple qu’on brise les tabous. »
Avant de conclure, la sage-femme adresse un message d’espoir aux femmes qui luttent ou ont survécu à la maladie. « Aux survivantes, vous êtes la preuve que courage, foi et persévérance peuvent vaincre le cancer. Vous êtes notre fierté. À celles qui sont encore en traitement, sachez que vous n’êtes pas seules. Chaque jour de combat est un pas vers la victoire. Nous prions pour vous et vous soutenons. »
Enfin, son appel s’élargit à toute la société : « Le cancer du sein n’est pas qu’une affaire de femmes. C’est une cause commune. Hommes, femmes, jeunes, chacun a un rôle à jouer. Parler, encourager, accompagner et surtout se faire dépister à temps, c’est sauver des vies. Que ce mois d’octobre ne soit pas qu’une campagne, mais un engagement durable pour la santé et la solidarité. Ensemble, nous vaincrons. »
🪶 Kadidjath MOROU
