Alors que le Togo traverse une profonde crise politique depuis l’adoption controversée de la nouvelle Constitution, la CEDEAO, censée être le garant des processus démocratiques dans la sous-région, brille par un silence assourdissant. Le 19 avril 2024, l’Assemblée nationale togolaise a adopté à l’unanimité une nouvelle Constitution instaurant un régime parlementaire. Derrière ce changement institutionnel se cache un véritable glissement monarchique, offrant au président Faure Gnassingbé la possibilité de prolonger son règne, cette fois sous le titre de président du Conseil. Cette réforme n’a été ni soumise à référendum ni précédée d’un large débat national. Elle a été conduite à huis clos, dans un contexte de méfiance généralisée, et surtout, dans l’indifférence régionale. Pourtant, le peuple togolais ne s’est pas tu. Des voix s’élèvent, des manifestations éclatent malgré la répression, des intellectuels et acteurs de la société civile dénoncent un coup d’État constitutionnel. Mais la CEDEAO, elle, regarde ailleurs.
Cette posture de l’organisation sous-régionale interroge, indigne et révèle une fracture morale. Car comment comprendre que cette même CEDEAO, prompte à condamner les coups d’État militaires au Mali, en Guinée, au Burkina Faso ou au Niger, se mure dans le mutisme face à un coup d’État constitutionnel au Togo ? À croire que l’uniforme militaire choque plus que le vernis légaliste. En gardant le silence, l’institution envoie un message dangereux : les coups d’État sont tolérables dès lors qu’ils prennent la forme de lois votées, même sans consultation populaire. Ce double standard mine la crédibilité de l’organisation, renforce le cynisme des peuples et alimente le sentiment que la CEDEAO est un club de chefs d’État plus soucieux de préserver leurs intérêts que de défendre les principes démocratiques.
Plus encore, ce silence entérine la souffrance d’un peuple sous tutelle d’un pouvoir dynastique depuis plus de 50 ans. Il nie les aspirations démocratiques des Togolais, les efforts de la société civile, et consacre la régression démocratique comme modèle de gouvernance acceptable. Le cas togolais n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tendance inquiétante en Afrique de l’Ouest où des leaders prolongent indéfiniment leur pouvoir en contournant les limites constitutionnelles, pendant que les instances censées réguler et encadrer ces dérives se taisent ou s’en accommodent. Ce silence n’est donc pas neutre. Il est politique. Il est complice. Et il fragilise l’architecture démocratique de la région. La CEDEAO, en se taisant face à la dérive togolaise, ne protège ni la paix ni la stabilité. Elle trahit sa mission.
