Le choix de Moscou pour accueillir le troisième sommet Russie-Afrique intervient dans un contexte sécuritaire qui ne peut plus être ignoré. À quelques semaines du rendez-vous diplomatique des 28 et 29 octobre 2026, la capitale russe et sa région ont été à nouveau confrontées à des attaques massives de drones, avec des victimes, des infrastructures endommagées et des perturbations du trafic aérien. De quoi poser une question simple : les conditions de sécurité sont-elles encore réunies pour accueillir, dans la même ville, plusieurs chefs d’État et de gouvernement africains ?
Le 20 septembre dernier, Moscou et sa région ont subi ce qui a été présenté par les autorités russes comme l’une des attaques de drones les plus importantes jamais enregistrées contre la capitale. Selon les autorités russes citées par Reuters, plus de 1 600 drones ont été interceptés à travers le pays, dont 450 en direction de Moscou. Plusieurs appareils ont néanmoins atteint leurs cibles. Une partie de la raffinerie de Moscou a été touchée et un immeuble d’habitation a également été atteint. Trois personnes sont mortes dans la région selon les autorités locales.
L’épisode n’a rien d’un incident purement militaire se déroulant loin des populations. Des zones habitées ont été concernées, des habitants ont dû être évacués et des infrastructures stratégiques ont été endommagées. Dans le même temps, les aéroports desservant Moscou ont connu d’importantes perturbations. Plus de 400 vols ont été retardés ou annulés lors d’une précédente attaque massive, tandis que les trois principaux aéroports de la capitale avaient été affectés lors de l’attaque du 20 septembre.
Le problème est d’autant plus sérieux que la raffinerie de Moscou n’était pas à sa première alerte. En juin, elle avait déjà été touchée à plusieurs reprises par des drones. Le 18 juin, une nouvelle attaque avait endommagé des unités de traitement et provoqué des incendies. Après l’attaque du 20 septembre, le raffinage du pétrole brut a de nouveau été suspendu, selon plusieurs sources industrielles citées par Reuters.
Autrement dit, la menace ne concerne plus seulement les régions russes proches de l’Ukraine. Elle atteint régulièrement le cœur du pays et sa capitale politique, économique et diplomatique. Moscou reste fonctionnelle, bien sûr. Mais elle fonctionne désormais dans un environnement où les alertes aériennes, les interceptions de drones et les restrictions de circulation aérienne font partie des risques auxquels les autorités doivent se préparer.
Cette réalité est particulièrement importante pour le troisième sommet Russie-Afrique. Le rendez-vous est officiellement programmé à Moscou les 28 et 29 octobre. Il doit réunir des chefs d’État et de gouvernement africains, des représentants ministériels, des responsables économiques et d’autres délégations du continent. Le programme prévoit également un Forum économique et humanitaire Russie-Afrique.
Or, accueillir une telle concentration de personnalités dans une capitale régulièrement exposée aux frappes de drones pose une question qui dépasse le protocole diplomatique : celle de la sécurité des personnes.
Un chef d’État ne voyage jamais seul. Autour de lui se trouvent des ministres, des diplomates, des conseillers, des agents de sécurité, des membres de la délégation et parfois des journalistes. La moindre alerte aérienne peut donc avoir des conséquences importantes sur l’organisation du déplacement, la circulation des délégations et la tenue des rencontres.
Le risque concerne également le transport aérien. Une capitale peut disposer de plusieurs aéroports et d’un dispositif de défense antiaérienne important ; cela ne signifie pas pour autant que le trafic aérien soit à l’abri des interruptions. Les autorités russes ont déjà imposé des restrictions temporaires dans les aéroports moscovites lors d’attaques de drones. En juin, une nouvelle attaque avait encore entraîné une interruption temporaire des opérations aériennes.
La question n’est donc pas de savoir si Moscou possède ou non des moyens de défense. La Russie en possède parmi les plus importants au monde. La question est plutôt de savoir ce que signifie, pour un événement diplomatique international, le fait que des drones puissent encore atteindre la capitale malgré ces dispositifs.
La menace est suffisamment prise au sérieux par certaines chancelleries étrangères. Dans ses conseils aux voyageurs actualisés en septembre 2026, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères déconseille formellement les déplacements en Russie. Il précise que la région de Moscou est régulièrement la cible de drones et de missiles et que le trafic aérien peut être interrompu en raison de cette menace.
Ce constat donne une autre dimension au débat sur le sommet. La coopération entre la Russie et les pays africains relève naturellement de décisions souveraines. Moscou reste un partenaire diplomatique pour plusieurs États du continent et le sommet doit précisément permettre de discuter de commerce, d’investissement, de sécurité, de technologies, de sécurité alimentaire et d’autres dossiers de coopération.
Mais la diplomatie ne fait pas disparaître les contraintes de sécurité. Elle doit aussi les intégrer.
Les deux précédents sommets Russie-Afrique s’étaient tenus à Sotchi en 2019 puis à Saint-Pétersbourg en 2023. Le troisième doit, lui, se dérouler dans la capitale russe, alors que la guerre en Ukraine a progressivement déplacé une partie de ses effets jusque sur le territoire russe. Le choix de Moscou intervient donc dans un contexte très différent de celui des deux précédentes rencontres.
À cinq semaines de l’ouverture du sommet, une question mérite dès lors d’être posée sans dramatisation, mais sans naïveté non plus : quelles garanties de sécurité les organisateurs russes sont-ils en mesure d’apporter aux délégations africaines ?
Quelle procédure est prévue en cas d’alerte massive de drones ? Que se passera-t-il si plusieurs aéroports sont temporairement fermés ? Quelles dispositions sont prévues pour l’évacuation ou la mise à l’abri des délégations ? Et surtout, quelle marge de manœuvre restera-t-il aux autorités africaines si la situation sécuritaire se dégrade dans les jours précédant le sommet ?
Ces questions ne remettent pas en cause, à elles seules, l’intérêt d’un dialogue Russie-Afrique. Elles rappellent simplement qu’un sommet international ne se résume pas à son agenda diplomatique. Le lieu, le moment et les conditions de sécurité font également partie de la décision.
À l’approche du 28 octobre, Moscou devra donc convaincre sur deux terrains : celui de la diplomatie et celui de la sécurité. Car une capitale peut être capable d’accueillir un sommet tout en demeurant exposée à une menace que les organisateurs ne contrôlent pas totalement.
Le véritable enjeu sera alors de savoir si les garanties annoncées seront à la hauteur d’un rendez-vous appelé à réunir autant de dirigeants africains dans une ville désormais régulièrement rattrapée par les réalités de la guerre.
À Moscou, en octobre, la diplomatie Russie-Afrique se jouera donc aussi sous une contrainte que personne ne pourra ignorer : celle du ciel.
BKP

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