Le sous-développement de l’Afrique noire continue d’alimenter les débats intellectuels et politiques à travers le continent. Dans une analyse récente, le Dr David C. T. Agossou propose une lecture globale de cette situation persistante, appelant à dépasser les explications exclusivement fondées sur l’héritage colonial pour intégrer une réflexion profonde sur les responsabilités internes des sociétés africaines.
Selon lui, l’histoire a lourdement pesé sur les trajectoires économiques et institutionnelles du continent. La traite négrière et la colonisation ont, rappelle-t-il, désorganisé les structures endogènes et orienté durablement les économies vers l’exportation de matières premières, au détriment de l’industrialisation locale. Une configuration qui, dans plusieurs pays, s’est maintenue après les indépendances, installant une dépendance structurelle vis-à-vis des marchés extérieurs.
Toutefois, le chercheur estime que cette lecture demeure incomplète si elle ne prend pas en compte les faiblesses internes. Gouvernance fragile, corruption, instabilité politique, conflits armés et faiblesse des institutions figurent, selon lui, parmi les principaux freins à l’émergence d’États capables de porter des politiques de développement cohérentes et durables.
Le système éducatif est également pointé du doigt. Le Dr Agossou considère que les modèles actuels forment insuffisamment à l’entrepreneuriat, à l’innovation et à la transformation locale des ressources, contribuant ainsi au chômage des jeunes et à la fuite des compétences. Il plaide pour une réforme profonde de l’enseignement, davantage connectée aux réalités africaines et aux besoins des économies locales.
Au-delà des dimensions économiques et institutionnelles, l’analyse met en lumière des facteurs culturels et psychologiques. La dévalorisation des savoirs africains, la dépendance intellectuelle et la perte de confiance collective seraient autant d’obstacles à l’émergence d’un modèle de développement propre au continent.
Face à ce constat, le Dr David C. T. Agossou appelle à une mobilisation générale. Il insiste sur la nécessité d’un leadership éthique de la part des dirigeants, fondé sur la compétence, la transparence et la recherche de l’intérêt général. Les citoyens, pour leur part, sont invités à adopter une posture plus exigeante et plus active dans la gestion des affaires publiques.
L’auteur encourage également des investissements accrus dans l’éducation adaptée, la science, la technologie, l’industrialisation locale et l’intégration régionale, qu’il considère comme des leviers essentiels pour transformer les richesses naturelles en prospérité durable.
Pour le Dr Agossou, le sous-développement ne relève ni d’une fatalité ni d’une malédiction historique. Il serait plutôt le résultat de choix politiques, économiques et sociaux susceptibles d’être corrigés. Une position qui alimente la réflexion sur les voies possibles d’un redressement structurel du continent.
Patrice BIAOU
