Au Mali, la transition promise a pris un virage inattendu. Le gouvernement de transition vient d’adopter un projet de loi controversé accordant au général Assimi Goïta un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable à partir de 2025. Un texte qui institutionnalise le pouvoir militaire, sans élection ni véritable débat démocratique.
Présentée comme une étape vers la stabilité, cette mesure sonne plutôt comme le verrouillage officiel du pouvoir par les putschistes de 2021. Dans un contexte de crise sécuritaire profonde, avec des attaques djihadistes récurrentes et des populations fragilisées, la priorité semble s’être déplacée : non plus restaurer l’ordre démocratique, mais maintenir une emprise politique sans partage.
Les partis politiques, déjà dissous, assistent impuissants à cette mutation de la transition en régime militaire à part entière. Pour un ancien ministre malien, le décor est clair : « Le projet de transition n’existe plus. Il a été remplacé par une stratégie de conservation du pouvoir sous couvert de légalité ».
Dénonçant un véritable « coup d’État constitutionnel », plusieurs figures de l’opposition estiment que ce texte trahit l’esprit du processus engagé après le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta. L’avocat et opposant en exil Mamadou Ismaïla Konaté va plus loin : « Ce pouvoir militaire n’a ni légitimité populaire ni contrôle institutionnel. Il s’installe dans la durée par la force, contre les principes démocratiques durement acquis depuis 1991 ».
Alors que le pays vacille sous le poids des défis sécuritaires, économiques et sociaux, une autre menace s’installe durablement : celle d’une démocratie mise entre parenthèses au nom d’une stabilité devenue prétexte.
