TSENTR-2026 : La vitrine militaire russe a-t-elle convaincu l’Afrique ?

À trois semaines du sommet Russie-Afrique de Moscou, les grandes manœuvres militaires russes viennent de livrer une image pour le moins contrastée. Tsentr-2026 a mobilisé plus de 47 000 militaires selon les autorités russes, mais seuls six pays étrangers ont engagé des contingents. Aucun pays africain n’a envoyé de troupes combattantes. Plusieurs États africains étaient toutefois représentés comme observateurs. Une participation qui interroge, alors que Moscou entend faire de la sécurité l’un des piliers de son partenariat avec le continent.

Du 28 septembre au 3 octobre, la Russie a déployé son exercice stratégique Tsentr-2026 sur plusieurs sites militaires. Vladimir Poutine est venu assister à la phase finale dans la région de Tcheliabinsk. Selon les chiffres officiels russes, plus de 47 000 militaires ont participé à l’ensemble des manœuvres et des délégations de 55 pays étaient présentes. Mais dans la phase active observée par le président russe, environ 6 000 militaires étaient engagés sur le polygone de Tchebarkoul.

La participation étrangère est toutefois beaucoup plus limitée lorsqu’on regarde les soldats effectivement engagés. Six pays ont envoyé des contingents : la Biélorussie, la Chine, le Kirghizistan, la Mongolie, le Pakistan et le Tadjikistan. Le Congo était, lui, représenté par un groupe opérationnel. Plusieurs États africains figuraient parmi les observateurs, notamment l’Algérie, le Mali, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, l’Éthiopie, la Namibie, la République centrafricaine et l’Afrique du Sud. L’Afrique n’a donc pas déserté Tsentr-2026, mais elle n’y a pas engagé de contingent militaire.

Cette nuance n’empêche pas le contraste d’être saisissant. La Russie prépare depuis des années ses exercices militaires comme des démonstrations de puissance et de coopération avec ses partenaires. Cette fois encore, Moscou voulait montrer une armée capable de coordonner des forces étrangères, d’employer des drones, des systèmes robotisés et des équipements issus de l’expérience de la guerre en Ukraine. Mais une séquence est venue brouiller cette démonstration : le Shturm, nouveau véhicule blindé robotisé russe, a rencontré des difficultés lors de sa présentation. Le système a notamment perdu sa liaison de contrôle avant que le véhicule ne soit finalement conduit manuellement et ne s’enlise dans la boue.

L’incident ne suffit évidemment pas à résumer les capacités de l’armée russe. Tsentr-2026 reste un exercice de grande ampleur, avec des milliers de militaires, des centaines de véhicules et de nombreux drones mobilisés. Mais pour une démonstration destinée à mettre en avant les équipements les plus modernes de Moscou, l’image du véhicule robotisé immobilisé dans la boue devant le président russe n’est pas passée inaperçue.

Trois semaines avant le sommet Russie-Afrique, c’est surtout la question du modèle de partenariat sécuritaire russe qui revient sur la table. Moscou entend convaincre ses partenaires africains de la pertinence de son offre en matière de défense, de formation et de coopération militaire. Or Tsentr-2026 montre une réalité plus nuancée : l’influence russe est bien présente sur le continent, mais elle ne se traduit pas automatiquement par une participation militaire africaine aux grandes manœuvres de Moscou.

À cela s’ajoute une autre réalité, beaucoup moins spectaculaire. La Russie cherche également des hommes sur le continent pour alimenter son effort de guerre en Ukraine. Une enquête de l’organisation kényane Journalists for Justice estime qu’au moins 3 066 Africains issus de 40 pays ont été recrutés dans les forces russes depuis 2022 et que 502 étaient documentés comme morts au combat en juin 2026. Ces chiffres ne signifient pas que tous ont été recrutés dans les mêmes conditions, mais ils témoignent de l’ampleur prise par le recrutement de ressortissants africains.

Le contraste mérite donc d’être observé à l’approche du rendez-vous de Moscou. Pour les exercices militaires russes, les contingents africains restent rares. Pour la guerre en Ukraine, en revanche, des milliers d’Africains ont été recrutés selon les données disponibles.

Les 28 et 29 octobre, Moscou accueillera le troisième sommet Russie-Afrique. La Russie y présentera son partenariat avec le continent comme une relation appelée à se renforcer dans les domaines de la sécurité, du commerce, de l’investissement et de la coopération stratégique.

Mais après Tsentr-2026, une question demeure : l’Afrique vient-elle à Moscou pour construire un partenariat équilibré avec la Russie, ou pour répondre à une offre dont les contours sécuritaires restent encore à préciser ?

BKP

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