VENDREDI CULTURE : Enfouissement du placenta, une pratique rituelle et culturelle aux grands enjeux. La particularité des peuples Mahi

•Dah Totin, chef coutumier et Isabelle Kpléwa, sage-femme retraitée, abordent la question avec le Quotidien Éveil Info

Le placenta est un organe vital qui après avoir joué son rôle dans le processus de la gestation doit être enterré de manière scrupuleuse. L’enfouissement de ce dernier suit des exigences et conduites qui ne doivent en aucun cas être négligé. Selon chaque région, la culture exige des rituels qui une fois mal faits risquent de compromettre la vie de l’enfant. Dah Totin, chef coutumier et Isabelle Kpléwa, sage-femme retraitée, abordent la question avec le Quotidien Éveil Info.

Germain ALOZE

Le placenta est un organe spécial qui connecte physiquement et biologiquement l’embryon en développement à la paroi utérine de sa mère. Il assure durant la grossesse les échanges vitaux à travers la fourniture des nutriments nécessaires et la filtration du sang maternel. En spiritualité, il est conçu comme un élément très capital qui peut compromettre la vie et le destin du nouveau-né qu’il a accompagné. À cet effet, la culture exige qu’une attention particulière soit portée à ce dernier afin de déclencher son côté bienfaisant. En vue de cela, il est exigé que le placenta soit enterré et ceci conformément à des prescriptions. À en croire le sage Dah Totin, le placenta se fait enterrer derrière la douche ou dans une plantation de bananier, où l’humidité est garantie. Pour aucune raison, il ne doit pas être gardé dans une maison ou être jeté à un endroit quelconque.

Il est vrai que les rituels varient en fonction de chaque localité, région et ethnie. Mais en milieu Mahi, il faut s’assurer que le placenta est enterré face au ciel. Il est exigé qu’un cauris soit déposé sur ce dernier dans la même position ou plutôt une pièce de 5f ou de 10f. Dans des conditions où aucune de ces trois choses n’est trouvée, il faut l’enterrer avec une feuille d’hysope, déposée face au ciel. Particulièrement pour les enfants nés un vendredi, il est demandé d’autres rituels afin d’éviter qu’un quelconque malheur frappe l’enfant ou ses parents.

À croire aux explications de Dah Totin après qu’un enfant soit né un vendredi, il faut procéder à des consultations pour avoir idée de quoi accompagner réellement le placenta avant de l’enterrer. La négligence de ces pratiques qui autrefois étaient d’une importance très capitale est la source de nombreux malheurs que nous observons de nos jours. Puisque le vendredi est considéré comme un jour de grande énergie spirituelle, tout enfant né ce jour est irrévocablement considéré comme un débordé spirituel. Il faut à cet effet des pratiques spécifiques pour empêcher que sa puissance n’apporte pas malheur à ses géniteurs ou à lui-même. Dans les cas où la mère génitrice, par le passé ne faisait que des mort-nés, il faut de même convié le placenta à des sacrifices. Lesquels sacrifices, généralement, sont faits pour l’enterrer dans des espaces secs et généralement dans une termitière. Et ceci pour mettre fin à la malchance et pouvoir donner la chance à d’autres enfants de naître.

Bien que cela peut paraître comme de simples exigences bien orchestrées, de graves séquelles ne tardent pas à en découler. Selon les explications d’Isabelle Kpléwa, le simple fait de renverser le placenta et de l’enterrer dans la mauvaise position provoque la stérilité chez la femme. Ne pas du tout l’enterrer, c’est la catastrophe. Dans les cas où cet organe vital est jeté ou laissé en de mauvaises mains, la vie de l’enfant encaisse les coups. Cet enfant avec le temps devient un déficient intellectuel avec de nombreux autres problèmes psychologiques, physiques et intellectuels. Il est de même confronté à des maladies, de la malchance et a de nombreux problèmes au cours de sa vie. Dans d’autres cas, ces enfants deviennent des déviants sociaux, prêts à tout pour troubler la quiétude des autres. À l’en croire, de nombreux crimes, d’actes de vandalisme et de rébellion et autres viennent quelques fois de ce fait. Il est bien clair que l’enfouissement du placenta est une pratique rituelle et culturelle qu’il ne faudrait en aucun cas lâcher. Il en est de même pour beaucoup d’autres cas. Les réalités culturelles liées au nouveau-né sont multiples et variées. Normalement, même le cordon ombilical ne devrait pas être jeté après son détachement. Il devrait être récupéré et servir à planter des céréales. La santé, la croissance et le rendement du céréale planté déterminent la vie de l’enfant. Il est de même pour les tous premiers cheveux du bébé.

À cet effet, les jeunes parents sont invités à ne jamais se passer de la famille. Même s’il faut suivre les prescriptions bibliques, il faudrait aussi ne pas s’en passer des réalités de nos communautés lesquelles sont restées intrinsèques depuis toujours. Dans les cas où aucun des deux parents n’a idée de comment s’occuper du placenta, se rapprocher des parents est la meilleure des solutions. Puisque toute une vie en dépendra et il serait donc très regrettable de ne pas en prendre conscience.

Germain ALOZE

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