BLÉ RUSSE : La dépendance africaine fragilisée par les tensions en mer Noire

Les nouvelles tensions militaires en mer Noire ravivent les inquiétudes autour de l’approvisionnement de plusieurs pays africains en blé. Dans une analyse publiée le 9 septembre 2026, le média espagnol Atalayar souligne que la hausse des risques liés au transport maritime renchérit le coût des céréales importées et met en évidence la forte dépendance de plusieurs économies africaines aux fournisseurs de la région.

Selon Atalayar, les perturbations affectant des infrastructures stratégiques de la mer Noire, notamment autour du port russe de Novorossiïsk et du détroit de Kertch, ne seraient pas liées à une pénurie mondiale de céréales, mais principalement aux difficultés de transport et à l’augmentation des primes d’assurance couvrant les risques de guerre.

Le média explique que le coût d’une cargaison de blé ne dépend plus uniquement du prix de la céréale. Aux cours internationaux s’ajoutent désormais le fret maritime, les assurances spécifiques liées aux zones à risque et les éventuels coûts liés à l’immobilisation des navires.

Cette situation peut peser particulièrement lourd sur les pays africains fortement dépendants des importations et confrontés à des réserves de change limitées. Une augmentation du coût du transport se répercute ainsi sur la facture globale des importations et peut compliquer les politiques publiques visant à maintenir le prix du pain.

L’Égypte constitue, selon Atalayar, l’un des exemples les plus significatifs de cette dépendance. Le pays aurait importé 8,8 millions de tonnes de céréales entre juillet 2025 et janvier 2026, dont environ 60 % en provenance de Russie et plus de 24 % d’Ukraine. Une part très importante de ses approvisionnements extérieurs reste ainsi concentrée sur le bassin de la mer Noire, malgré les risques liés au conflit russo-ukrainien.

D’autres pays africains, notamment le Soudan, l’Algérie, la Libye, le Nigeria et l’Afrique du Sud, sont également présentés comme exposés à cette concentration des approvisionnements. Pour réduire leur vulnérabilité, certains cherchent à diversifier leurs fournisseurs vers la Roumanie, les pays baltes, la France, l’Argentine ou encore l’Australie.

Mais cette diversification a un coût. Des distances maritimes plus longues peuvent entraîner une hausse du fret et de la consommation de carburant, tandis que les achats auprès de nouveaux fournisseurs peuvent mobiliser davantage de devises.

Pour Atalayar, cette dépendance aux importations de blé contraste avec l’important potentiel agricole du continent. L’Afrique disposerait d’une grande partie des terres arables encore non exploitées à l’échelle mondiale, mais reste confrontée à des difficultés de productivité, de mécanisation, d’accès aux engrais et d’infrastructures de transport.

Le problème dépasse ainsi la seule question du blé russe. Le déficit des réseaux routiers et ferroviaires, les pertes après récolte et la faiblesse des capacités de stockage limitent également la possibilité de faire circuler efficacement les céréales produites en Afrique. Dans certaines situations, le transport d’une tonne de céréales entre deux régions africaines peut même coûter davantage que son acheminement depuis un port extérieur, relève le média.

À cette contrainte logistique s’ajoute l’évolution des habitudes alimentaires dans les grandes villes africaines. L’urbanisation a favorisé la consommation de pain fabriqué à partir de farine de blé, alors que certaines céréales locales comme le mil, le sorgho ou le teff sont mieux adaptées à plusieurs environnements africains et peuvent présenter une meilleure résistance aux conditions climatiques difficiles.

Certains États tentent néanmoins de renforcer leurs réserves stratégiques afin de réduire leur exposition aux fluctuations du marché international. Atalayar cite notamment l’Égypte, qui a intensifié ses achats auprès de producteurs nationaux. Ces stocks peuvent permettre aux gouvernements de retarder certaines importations lorsque les cours internationaux connaissent de fortes hausses.

Mais cette stratégie reste limitée par les capacités de stockage, les pertes après récolte et les contraintes budgétaires.

La crise actuelle en mer Noire rappelle ainsi une fragilité structurelle : une partie de la sécurité alimentaire africaine reste directement exposée aux conflits, aux marchés internationaux et aux routes maritimes éloignées du continent. Pour réduire durablement cette vulnérabilité, l’enjeu ne réside donc pas seulement dans la diversification des fournisseurs, mais aussi dans la capacité des pays africains à améliorer leur production céréalière, leurs infrastructures de stockage et leurs réseaux de transport.

BKP

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