BURKINA FASO : « Nous refusons la vision néocoloniale » affirme le Premier ministre Apollinaire Kyélem de Tambèla

Le Premier ministre burkinabé, Dr Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambèla, a exprimé une position ferme contre le néocolonialisme lors d’une rencontre avec les émissaires des Nations Unies. Les échanges ont mis en lumière des divergences profondes mais aussi des opportunités de collaboration.

Le 4 juillet 2024, à Ouagadougou, une délégation des Nations Unies, dirigée par Abdoulaye Mar Dieye, Coordonnateur spécial pour le développement au Sahel, a rencontré le Premier ministre burkinabé, Dr Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambèla. Cette audience avait pour but de discuter des programmes onusiens en cours et de recevoir les orientations du gouvernement burkinabé.

Mandaté par le Secrétaire général des Nations Unies, Mar Dieye a assuré que les programmes onusiens sont alignés sur les stratégies de développement du Burkina Faso. « Je crois que les esprits sont en train d’aller dans le bon sens de l’engagement constructif. Le Secrétaire général des Nations unies nous a demandés de venir écouter surtout les autorités et aussi les acteurs et de voir comment le système des Nations unies peut se positionner pour vous accompagner. Nous avons eu d’excellentes orientations », a déclaré Abdoulaye Mar Dieye à sa sortie d’audience.

Le Premier ministre Kyélem de Tambèla s’est réjoui que les Nations Unies s’inscrivent dans la vision des États du Sahel. Toutefois, il a exprimé sa surprise face à un communiqué des Nations Unies accusant les forces de défense burkinabés d’exactions civiles. « Depuis 2015, les terroristes sont ici, pas une fois le Secrétaire général n’a fait un communiqué de compassion. Comment une armée que nous avons mise en place pour protéger nos citoyens peut encore s’en prendre aux mêmes citoyens », a-t-il relevé.

Cette rencontre a permis au Premier ministre de condamner fermement le néocolonialisme. « Ce que nous refusons, c’est la vision néocoloniale. Voilà pourquoi, nous avons quitté la CEDEAO et pourtant nous avons tous créé la CEDEAO. Avant de quitter la CEDEAO, j’ai même dit que nos pays ont existé avant la CEDEAO donc nos pays peuvent vivre sans la CEDEAO. Nous sommes en train d’observer l’Union africaine, si elle se comporte comme la CEDEAO nous allons la quitter et même l’ONU n’est pas exclue », a-t-il indiqué.

En rappelant que le Burkina Faso a vécu avant la colonisation sans dépendance à l’Occident, le Premier ministre a également affirmé que rien n’arrêtera le Burkina Faso dans sa lutte pour son intégrité territoriale et son développement. « Celui qui ne se voit pas dans cette optique, nous ne pouvons pas collaborer ensemble. Ceux qui veulent aller dans notre sens nous sommes d’accord parce qu’après tout, c’est l’intérêt de notre pays », a-t-il déclaré. Il a même suggéré que le Burkina Faso pourrait quitter les institutions financières internationales pour évoluer selon ses propres moyens.

« Depuis 1960, on parle d’aide et on n’a pas évolué, on n’a pas bougé. Il faut remettre les choses en cause. On parle d’aide au développement, d’aide à la coopération et on n’a pas avancé depuis 1960, il faut questionner cette forme d’aide », a-t-il conclu.

Cette rencontre a révélé les tensions entre la volonté d’indépendance du Burkina Faso et les interventions internationales. En affirmant sa position contre le néocolonialisme, le Burkina Faso montre sa détermination à tracer une voie souveraine pour son développement, malgré les défis et les oppositions.

José Pascaël AGBO (Stg)

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