DIPLOMATIE ÉCONOMIQUE : En Chine, Oligui Nguema privilégie le pragmatisme aux postures d’alignement

Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema effectue, du 4 au 7 novembre 2026, une visite officielle en Chine, avec une étape à Shanghai, autour de la redynamisation des relations diplomatiques et économiques entre Libreville et Pékin. Dans un contexte de recomposition des alliances internationales, ce déplacement traduit une volonté de diversifier les partenariats du Gabon et d’attirer des investissements susceptibles de soutenir sa transformation économique. Une démarche qui semble placer les retombées concrètes au cœur de la diplomatie gabonaise.

Le choix de la Chine n’a rien d’anodin. Deuxième économie mondiale et partenaire commercial majeur de l’Afrique, Pékin occupe une place importante dans les échanges et les investissements sur le continent. En 2025, le commerce entre la Chine et l’Afrique a atteint 348 milliards de dollars. Avec le Gabon, les échanges se sont établis à 3,94 milliards de dollars, en hausse de 8,2 % selon les données avancées dans le bilan de cette coopération.

Au fil des années, les relations sino-gabonaises ont permis la réalisation de plusieurs infrastructures, parmi lesquelles la route Port-Gentil-Omboué, le Palais Léon-Mba et l’hôpital de la coopération sino-gabonaise. Ces réalisations témoignent de l’ancienneté et de la diversité des liens entre les deux pays. Mais pour Libreville, l’enjeu ne consiste plus seulement à entretenir une relation diplomatique privilégiée. Il s’agit désormais de convertir cette proximité en investissements productifs, en transferts de technologies et en nouvelles capacités industrielles.

Cette orientation s’inscrit dans une démarche plus large de diversification des partenaires. En juillet 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema s’était rendu à Paris pour échanger avec les autorités françaises sur la coopération économique, les questions environnementales et les enjeux sécuritaires. Les discussions avaient notamment porté sur la transformation locale du manganèse gabonais. En juillet 2025, le chef de l’État avait également effectué une visite à Ankara, où trois accords avaient été conclus dans les domaines de l’énergie, de l’investissement et du commerce.

De Paris à Ankara, et désormais à Shanghai, Libreville multiplie ainsi les ouvertures diplomatiques. L’objectif affiché est de mobiliser des partenaires aux profils différents, capables d’accompagner les ambitions de développement du pays. Pour le Gabon, riche en ressources naturelles, la priorité est notamment de dépasser le modèle fondé sur l’exportation des matières premières brutes. La transformation locale, le développement des infrastructures et la création d’emplois constituent des enjeux essentiels de cette stratégie.

La comparaison avec la Russie apporte un éclairage supplémentaire sur cette orientation. Quelques jours avant le déplacement du président gabonais en Chine, le vice-président Hermann Immongault représentait le Gabon au sommet Russie-Afrique organisé à Moscou les 28 et 29 octobre 2026. Cette participation confirme que Libreville entend également maintenir le dialogue avec Moscou, notamment dans un contexte où la Russie cherche à renforcer sa présence diplomatique, économique et sécuritaire sur le continent.

Toutefois, les ambitions commerciales russes en Afrique restent confrontées à un écart entre les objectifs annoncés et les volumes d’échanges réalisés. Lors du premier sommet Russie-Afrique, organisé à Sotchi en 2019, Vladimir Poutine avait fixé l’objectif de doubler les échanges commerciaux avec le continent pour atteindre 40 milliards de dollars en cinq ans. À Moscou, en octobre 2026, une nouvelle ambition de 50 milliards de dollars a été avancée. Pourtant, selon une déclaration du ministre russe des Affaires étrangères en juillet 2026, les échanges entre la Russie et les pays africains dépassaient 27 milliards de dollars en 2025.

Ces chiffres contrastent avec les volumes commerciaux enregistrés avec d’autres partenaires du continent. Les échanges entre l’Afrique et les États-Unis étaient estimés à environ 83 milliards de dollars en 2025, tandis que ceux entre l’Afrique et l’Union européenne auraient atteint 355 milliards de dollars en 2024. Ces données ne suffisent pas à mesurer à elles seules la qualité d’un partenariat, mais elles donnent une indication du poids économique relatif des différentes relations extérieures du continent.

Dans cette configuration, la diplomatie gabonaise semble privilégier une approche fondée sur la diversification plutôt que sur un alignement exclusif. La présence d’Hermann Immongault à Moscou et celle du président Oligui Nguema à Shanghai illustrent deux niveaux de représentation et deux séquences diplomatiques complémentaires. Le Gabon entretient des relations avec plusieurs puissances et cherche à tirer parti des possibilités offertes par chacune, sans nécessairement prendre part à leurs rivalités.

La coopération avec la Chine n’est toutefois pas exempte de défis. Les engagements annoncés lors du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) et du deuxième Forum économique Gabon-Chine, en 2024, avaient notamment été évalués à 4,3 milliards de dollars d’investissements. Une partie de ces engagements attendrait encore une concrétisation effective. Ce décalage rappelle que les annonces financières et les accords diplomatiques ne se traduisent pas automatiquement en projets réalisés.

C’est donc à l’aune de leurs retombées que les différents partenariats du Gabon seront véritablement appréciés. La visite de Brice Clotaire Oligui Nguema à Shanghai ne signifie pas nécessairement un choix de la Chine contre la Russie, l’Europe ou les États-Unis. Elle traduit plutôt une volonté de faire jouer la concurrence entre partenaires et de rechercher les coopérations les plus utiles aux ambitions économiques du pays.

Pour Libreville, le véritable enjeu est désormais de transformer les promesses en réalisations : des investissements effectivement mobilisés, des infrastructures achevées, des emplois créés et une plus grande valeur ajoutée produite sur le territoire national. Car, dans un environnement international marqué par la compétition entre puissances, la souveraineté économique se mesure aussi à la capacité d’un pays à choisir ses partenaires et à obtenir des résultats concrets de ses alliances.

BKP

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