RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE – BIÈRE AFRICA TI L’OR : Des zones d’ombre préoccupantes autour de la qualité du produit lié aux réseaux Wagner

Des bouteilles sans date de fabrication ni de péremption, des bouchons qui ne garantiraient pas une fermeture sécurisée et des variations signalées dans la teneur en alcool. En République centrafricaine, la bière Africa Ti L’Or, commercialisée depuis 2023, fait l’objet de sérieuses interrogations sur sa qualité et ses conditions de fabrication. Derrière cette boisson produite par une entreprise associée aux réseaux russes de Wagner, les consommateurs attendent des garanties sanitaires claires.

Sur le marché centrafricain, Africa Ti L’Or se présente dans des bouteilles en plastique ornées d’une étiquette aux couleurs africaines. Mais au-delà de son apparence commerciale, plusieurs anomalies rapportées dans une réponse officielle publiée le 18 décembre 2025 soulèvent des questions sur la conformité du produit. Les étiquettes ne comporteraient ni date de fabrication ni date de péremption. Les quantités de liquide varieraient d’une bouteille à l’autre et les bouchons ne seraient pas correctement scellés. Plus préoccupant encore, la teneur en alcool signalée présenterait des écarts importants, pouvant varier du simple au triple.

Pour le consommateur, ces éléments ne sont pas anodins. Ils rendent difficile l’identification de la date de production, la vérification de l’intégrité de la bouteille et la connaissance précise de la quantité d’alcool contenue dans le produit. Autant de garanties élémentaires attendues d’une boisson commercialisée à grande échelle.

Les inquiétudes concernent également l’eau utilisée dans le processus de fabrication. Deux analyses successives auraient conclu à l’inadéquation de la source d’approvisionnement avec les exigences de potabilité. Toutefois, les rapports correspondants ne seraient pas accessibles au public. Aucun résultat d’analyse microbiologique indépendante permettant de confirmer ou d’écarter les risques évoqués n’a pu être vérifié.

Ces préoccupations ne sont pas entièrement nouvelles. En 2024, le média centrafricain Centrafrica avait déjà rapporté que des contrôles de qualité auraient donné des résultats moins satisfaisants pour Africa Ti L’Or que pour l’eau embouteillée Cristal, également produite par la même entreprise. Là encore, les rapports d’analyse n’avaient pas été rendus publics.

La brasserie affirme, de son côté, disposer de laboratoires internes, présentés à la presse en 2023. Mais dans un dossier qui concerne directement la santé des consommateurs, les assurances du fabricant ne sauraient remplacer des contrôles indépendants, accessibles et vérifiables. À ce stade, la contamination du produit n’est pas établie. En revanche, les interrogations sur sa conformité et les garanties sanitaires offertes aux consommateurs appellent des réponses précises.

Derrière Africa Ti L’Or se trouve First Industrial Company, une entreprise associée aux activités commerciales russes en République centrafricaine. Selon une enquête de Radio Free Europe/Radio Liberty publiée en mars 2025, la société exploite une usine située à environ 24 kilomètres au nord de Bangui. Elle produit également la vodka Wa Na Wa, des boissons gazeuses et de l’eau embouteillée.

L’entreprise apparaît aussi dans les documents du Trésor américain, qui l’avait inscrite sur une liste de sanctions en septembre 2023 avant de l’en retirer en mars 2024. Ses activités sont associées à l’entourage de Dmitri Syty, responsable de la Maison russe à Bangui et ancien collaborateur d’Evgueni Prigojine, fondateur du groupe Wagner. Cette proximité avec les réseaux russes donne à l’affaire une dimension qui dépasse la seule commercialisation d’une bière : celle de la présence économique de ces réseaux dans des secteurs directement liés à la consommation quotidienne des populations.

Les conditions de distribution du produit soulèvent, elles aussi, des interrogations. Dès février 2023, Corbeau News Centrafrique rapportait que des tricycles motorisés étaient utilisés pour favoriser, voire imposer, la commercialisation d’Africa Ti L’Or dans certains bars et commerces de Bangui. D’autres témoignages font état de pressions et de menaces attribuées à des individus se réclamant d’une force paramilitaire et intéressés par les bénéfices de cette activité. Ces accusations, qui restent à établir, méritent des vérifications indépendantes. Si elles étaient confirmées, elles poseraient également la question de la liberté des commerçants dans le choix des produits proposés à leur clientèle.

Au croisement des interrogations sanitaires, commerciales et économiques, plusieurs questions demeurent donc sans réponse. Qui contrôle effectivement les installations de First Industrial Company ? Quels organismes vérifient régulièrement la qualité des boissons produites ? Les résultats des analyses sont-ils conformes aux normes en vigueur ? Et quelles garanties sont offertes aux consommateurs centrafricains ?

Face à ces préoccupations, les autorités compétentes ne peuvent se contenter de déclarations générales. Des analyses microbiologiques indépendantes, des contrôles de la teneur en alcool, une vérification de la traçabilité des lots ainsi qu’un examen de l’étiquetage et des systèmes de fermeture des bouteilles permettraient d’établir la conformité réelle du produit. Les accusations relatives aux pratiques de distribution doivent également faire l’objet de vérifications.

Les consommateurs ont le droit de savoir ce qu’ils boivent. Ils doivent pouvoir identifier la date de fabrication d’un produit, connaître sa composition et avoir l’assurance que les contrôles sanitaires nécessaires ont été effectués. L’origine étrangère d’une entreprise, ses relations ou ses soutiens ne sauraient la soustraire aux obligations applicables à tout opérateur économique.

Alors, les Centrafricains sont-ils exposés à un risque sanitaire en consommant Africa Ti L’Or ? Les éléments disponibles ne permettent pas de conclure à un empoisonnement ni d’affirmer que la bière est contaminée. Mais les anomalies rapportées et l’absence de résultats indépendants publiquement vérifiables entretiennent une incertitude qui ne devrait pas durer. Dans une affaire où la santé publique est en jeu, la transparence n’est pas une faveur accordée aux consommateurs : c’est une exigence.

BKP

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