ECO : Une monnaie commune, mais à quelles conditions ?

Le projet de création de l’Eco, monnaie unique envisagée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), continue de susciter des interrogations sur la capacité des pays de la région à réunir les conditions nécessaires à sa mise en œuvre. Présenté depuis plusieurs années comme un instrument destiné à renforcer l’intégration économique ouest-africaine, le projet reste confronté à d’importants défis économiques, monétaires et politiques.

Des économies différentes face à un même défi

La CEDEAO regroupe des économies aux structures, aux niveaux de développement et aux situations macroéconomiques différents. Certains pays sont confrontés à des pressions inflationnistes importantes, d’autres doivent composer avec des déficits budgétaires élevés, tandis que plusieurs États font face à des difficultés sécuritaires qui pèsent également sur leurs finances publiques.

Cette diversité constitue l’un des principaux défis du projet de monnaie unique. Une union monétaire suppose en effet que les économies participantes présentent un degré suffisant de convergence pour pouvoir partager une même politique monétaire.

La question est donc de savoir si les États membres pourront progresser à un rythme suffisamment proche pour garantir la stabilité de la future monnaie.

La convergence, condition de crédibilité

La mise en place de l’Eco repose sur des critères de convergence macroéconomique destinés à assurer une certaine discipline économique entre les futurs pays membres. Ces critères portent notamment sur la stabilité des prix, la maîtrise du déficit budgétaire et de la dette publique, la limitation du financement monétaire des déficits, ainsi que la constitution de réserves extérieures suffisantes et la stabilité du taux de change.

Le respect de ces exigences ne devrait toutefois pas être considéré comme une simple formalité préalable. Leur maintien dans la durée sera déterminant pour la crédibilité d’une éventuelle monnaie commune.

Un État pourrait en effet parvenir à respecter les critères à un moment donné sans nécessairement disposer des marges économiques suffisantes pour maintenir durablement cette performance. La véritable difficulté sera donc moins d’atteindre les critères que de parvenir à les respecter de manière durable.

Une monnaie commune ne règle pas les fragilités économiques

L’Eco pourrait faciliter les échanges, réduire certains coûts liés aux transactions et renforcer l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Mais une monnaie commune ne saurait, à elle seule, résoudre les fragilités structurelles des économies de la région.

La maîtrise de l’inflation, la soutenabilité des finances publiques, la solidité du secteur financier, la diversification des économies et l’amélioration de la productivité resteront indispensables à sa réussite.

La question sociale devra également demeurer au cœur des politiques économiques. La recherche de la stabilité macroéconomique ne devrait pas se traduire par une réduction des investissements indispensables dans les secteurs sociaux et productifs.

Le calendrier reste conditionné

L’horizon de 2027 régulièrement associé au projet ne doit donc pas être présenté comme une échéance automatique. La mise en œuvre effective de l’Eco dépendra de la capacité des États concernés à satisfaire les conditions requises, mais également de leurs décisions politiques et de la mise en place de mécanismes communs suffisamment solides.

L’enjeu dépasse ainsi la simple création d’une nouvelle unité monétaire. Il s’agit de construire un espace monétaire capable de résister aux chocs économiques, de préserver la stabilité des prix et de soutenir durablement les échanges entre les économies ouest-africaines.

L’Eco peut donc constituer une étape majeure de l’intégration régionale. Mais sa réussite dépendra moins de la rapidité avec laquelle elle sera lancée que de la solidité des fondations économiques et institutionnelles sur lesquelles elle reposera.

Une monnaie commune ne devient véritablement forte que lorsque les économies qui la portent sont suffisamment solides pour la soutenir.

Carolle ADJIBADE

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