Le Bénin continue de présenter un profil jugé relativement maîtrisé en matière de finances publiques. Malgré un niveau d’endettement qui reste élevé, le pays maintient son déficit budgétaire autour du seuil communautaire de 3 % du PIB, tandis que le Fonds monétaire international (FMI) considère toujours son risque de surendettement comme modéré. Une trajectoire qui vaut au pays une image de sérieux auprès de ses partenaires financiers et des investisseurs.
Les indicateurs budgétaires donnent d’abord matière à satisfaction. Après un déficit de 4,1 % du PIB en 2023, le Bénin l’a ramené à environ 3,1 % en 2024 et à 2,9 % en 2025 selon les estimations du FMI. Pour 2026, l’institution prévoit également un déficit de 2,9 %, soit un niveau inférieur au plafond communautaire de 3 % fixé dans l’espace UEMOA.
Cette discipline budgétaire s’accompagne d’une capacité à continuer de financer les investissements publics. Le recours à l’emprunt n’a donc pas disparu, mais il s’inscrit davantage dans une stratégie de gestion et de diversification des sources de financement. En juin 2026, le Bénin a notamment mobilisé 260 millions d’euros, soit environ 171 milliards de FCFA, dans le cadre d’une opération de reprofilage de sa dette. Selon UMOA-Titres, cette opération illustre la capacité du pays à attirer des investisseurs internationaux privés.
Le niveau de la dette mérite toutefois une lecture attentive. À fin 2024, l’encours de la dette publique était estimé à 6 960,3 milliards de FCFA par UMOA-Titres, contre 6 508,5 milliards un an auparavant. Rapporté au PIB, le ratio ressortait à 53,4 %, contre 54,5 % en 2023, soit une baisse de 1,1 point. Ce niveau demeure inférieur au plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA.
Mais une révision statistique opérée avec le FMI et la Banque mondiale est venue apporter une nuance importante. Plusieurs prêts extérieurs transférés en 2021 à des entreprises publiques et semi-publiques ont été réintégrés dans le périmètre de la dette de l’administration centrale, conformément aux normes statistiques internationales. Cette reclassification a porté le niveau de la dette publique à 60,5 % du PIB à fin 2024, soit une révision moyenne de 6,1 points sur la période 2021-2024. Les prêts concernés avaient néanmoins continué d’être intégralement servis par les entités auxquelles ils avaient été transférés.
Cette correction n’a pas remis en cause l’appréciation du FMI sur la soutenabilité de la dette béninoise. L’institution maintient le pays dans la catégorie de risque modéré de surendettement, estimant notamment que sa capacité à porter la dette s’est renforcée. Dans ses projections régionales, le FMI situe par ailleurs le ratio de dette du Bénin autour de 57,3 % du PIB en 2025 et 57,2 % en 2026.
Le Bénin apparaît ainsi dans une situation différente de celle d’un État qui accumulerait des emprunts sans maîtrise de ses équilibres budgétaires. L’évolution récente montre plutôt une volonté de contenir le déficit, de diversifier les instruments de financement et de rechercher des maturités et des conditions compatibles avec la capacité de remboursement du pays. UMOA-Titres souligne notamment que le Bénin cherche à substituer des financements de plus longues échéances et à taux plus faibles à certains instruments de maturité plus courte et plus coûteux.
Cette crédibilité se mesure également à l’accès continu du pays au marché régional des titres publics. En 2026, le Bénin a poursuivi ses émissions de bons et obligations du Trésor, confirmant la place occupée par le marché financier régional dans sa stratégie de mobilisation des ressources.
Pour autant, les voyants ne sont pas définitivement au vert. Le niveau d’endettement reste important et la révision opérée par le FMI rappelle la nécessité d’une transparence permanente sur l’ensemble des engagements de l’État. La progression de la dette en valeur absolue impose également de surveiller son coût, sa structure et surtout la capacité des investissements qu’elle finance à générer suffisamment de croissance et de recettes futures.
C’est précisément sur ce point que se joue la véritable performance. Être un bon élève en matière de finances publiques ne signifie pas ne pas emprunter. Il s’agit plutôt de pouvoir emprunter sans perdre la maîtrise de ses équilibres, honorer ses engagements et utiliser les ressources mobilisées pour soutenir durablement l’économie.
À ce stade, les indicateurs disponibles donnent au Bénin des raisons de défendre cette image. La dette reste sous le plafond communautaire, le déficit budgétaire revient autour de 3 % du PIB et le FMI continue de considérer le risque de surendettement comme modéré. Mais la bonne tenue des finances publiques devra désormais se confirmer dans la durée, à mesure que les besoins de financement du développement continueront de croître.
Le Bénin peut donc se présenter comme un élève sérieux, mais certainement pas comme un élève dispensé de surveillance. La solidité de cette trajectoire dépendra désormais autant de la maîtrise des nouveaux emprunts que de leur capacité à produire la croissance nécessaire pour rembourser ceux d’aujourd’hui.
BKP

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