Au Bénin, la transformation du lait en fromage, notamment le Gassirè Wagashi, représente bien plus qu’un savoir-faire traditionnel : c’est un levier d’autonomisation économique pour les femmes et un pilier de valorisation du patrimoine local. À travers cet entretien, Zénabou Séïdou, présidente de l’ADIGGAWA, met en lumière les enjeux, opportunités et perspectives de cette filière porteuse.
EVEIL INFO : Présentez-vous
Zenabou SAMBO SEÏDOU : Mon nom c’est Zénabou Séïdou et je suis la présidente l’Association de Défense de l’Indication Géographique Gassiri Wagashi (ADIGAWA) dont le rôle est de promouvoir et de défendre l’indication géographique Gassirè Wagashi.
EVEIL INFO : Quelles opportunités la transformation du lait en fromage offre-t-elle aux femmes et comment contribue-t-elle à leur autonomisation ?
Zenabou SAMBO SEÏDOU : Les opportunités qu’offre la transformation du lait aux femmes sont multiples. La transformation du lait en fromage est une activité à but commercial que les femmes mènent pour pouvoir gagner de l’argent. Elle contribue ainsi à l’économie, à l’épanouissement de la femme et à valoriser le lait local. Donc, le fromage permet de montrer le lait autrement et c’est un moyen pour les femmes transformatrices de lait de valoriser cet art culinaire tout en promouvant le territoire. Donc, en termes d’opportunité, cela permet de vendre le produit au-delà des frontières nationales, car c’est un produit d’origine béninoise. Pour terminer, cette transformation du lait en fromage permet aux femmes de faire face aux charges de leurs ménages afin de subvenir aux besoins de la famille.
EVEIL INFO : Quel est la chaîne de transformation et comment elle contribut à l’autonomisation de la femme ?
Zenabou SAMBO SEÏDOU : Dans la pratique, les femmes détentrices de lait, celles dont les époux ont un cheptel, en général ne transforment pas. Donc, elles revendent ce lait-là aux femmes qui sont les transformatrices. Alors, je peux dire que cela crée une synergie entre les femmes afin que chacune trouve son compte, parce que celles qui revendent le lait à la transformatrice ont leur bénéfice, et la transformatrice aussi, en transformant pour vendre, gagne également un plus. Donc, c’est une chaîne qui est tissée entre les femmes pour que chacune puisse gagner un revenu au bout du processus. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas celles qui transforment le lait de leur propre troupeau, mais ce n’est généralement pas le cas partout. Donc, quand on parle de la contribution à l’autonomisation, je peux dire oui, c’est une activité qui contribue fortement à l’autonomisation des femmes. Donc voilà, par rapport à la rentabilité économique, vous verrez que c’est une chaîne qui permet à chacune, quel que soit le niveau où elle se trouve, de mener son activité et de s’en sortir.
EVEIL INFO : Quelles perspectives de création d’emplois cette filière peut-elle générer, notamment pour les jeunes femmes ?
Zenabou SAMBO SEÏDOU : En termes de perspectives et de création d’emplois, si la filière est bien organisée, elle constitue une grande opportunité pour l’emploi des jeunes et des femmes. Il existe des entreprises créées pour la transformation du lait en fromage ou pour la production de yaourt. C’est une activité porteuse d’avenir. La question est de régler le défi de la disponibilité permanente de la matière première. Dès que cette disponibilité est garantie, alors c’est une activité vers laquelle les jeunes femmes peuvent se tourner pour gagner leur vie.
EVEIL INFO : Le développement de cette activité permet-il aux femmes d’accéder à une certaine indépendance financière ? Comment ?
Zenabou SAMBO SEÏDOU : Lorsqu’une femme est bien installée et vend des produits issus de la transformation, elle trouvera son compte, devenant ainsi financièrement indépendante. Elle contribuera ainsi aux charges du ménage. Elle fera face à ses besoins personnels, devenant une femme indépendante. Elle sera une femme épanouie. Elle va s’auto-employer et, lorsque l’auto-emploi est bien géré, il permet une stabilité économique.
EVEIL INFO : Parler-nous de la conservation du lait en fromage et la disponibilité de ce lait ?
Zenabou SAMBO SEÏDOU : Concernant la conservation du lait, la seule méthode traditionnelle que nous avons est de transformer le lait en fromage. C’est d’ailleurs de là que l’idée de faire le fromage est née. Maintenant, en dehors de cela, au niveau des unités modernes de transformation, il y a des tanks à lait et du matériel adapté pour la conservation du lait. Dans ce cas, il peut ne pas se gâter pendant un certain nombre de jours, afin d’être transformé peut-être deux ou trois jours plus tard. En dehors de cela, dans le milieu réel, il n’y a pas de magie ni de méthode que l’on peut citer pour conserver le lait, en dehors de sa transformation en fromage. Maintenant, la question liée à la disponibilité du lait, c’est une affaire politique. Je pense que l’État est déjà en train de travailler là-dessus avec différents projets et programmes, notamment le projet PNDF. L’insémination artificielle envisagée dans les différents projets du ministère de l’Élevage et de la Pêche vise à booster la productivité du lait. Donc voilà, en termes de solutions pour garantir en permanence la disponibilité du lait. Il y a aussi les cultures fourragères que l’on demande aux éleveurs d’adopter, puisque désormais, il n’y a plus assez de terres : la terre n’est pas extensible et la démographie est grandissante. Depuis des années, on encourage les éleveurs à cultiver le pâturage, à se sédentariser et à penser à un élevage de qualité. En effet, un élevage extensif occupe beaucoup d’espace, tandis qu’un élevage intensif nécessite moins d’espace à gérer, tout en étant plus rentable. Voilà donc les solutions sur lesquelles on sensibilise les communautés afin qu’elles les adoptent.
Propos recueillis par Souvenir ZANNOU
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