Selon la convention sur la diversité biologique : un écosystème est un complexe dynamique formé de communautés de plantes, d’animaux et de microorganismes et de leur environnement non vivant qui, par leurs interactions, forment une unité fonctionnelle. L’espèce humaine à travers les activités anthropiques influence impactent le fonctionnement des écosystèmes. Parmi les écosystèmes qui existent, d’autres tels que les mangroves luttent contre les phénomènes naturels. Dans cet interview, Maurras AKAKPO, fait lumière sur l’importance de ce milieu fragile et sa contribution dans la lutte contre l’inondation.
EVEIL INFO : Présentez-vous
Maurras AKAKPO : Maurras AKAKPO, spécialiste des ressources naturelles et de la biodiversité et directeur exécutif de l’Organisation Non Gouvernementale BIOSPHERE.
EVEIL INFO : Qu’est-ce que l’écosystème des mangroves ?
Maurras AKAKPO : Les mangroves sont des formations forestières littorales qui se développent souvent dans les zones intertidales des régions tropicales et subtropicales. Constitués de palétuviers, ce sont des assemblages d’arbres et d’arbustes qui sont tolérants au sel. Au Bénin, il existe cinq espèces de palétuviers dont les plus abondantes et répandues sont : le palétuvier rouge (Rhizophora racemosa) et le palétuvier blanc (Avicennia germinans).
EVEIL INFO : En quoi les mangroves peuvent-elles contribuer à lutter contre la montée des eaux ?
Maurras AKAKPO : La protection des côtes et des agglomérations au niveau du littoral constitue l’une des fonctions écosystémiques les plus importantes des mangroves. La mangrove protège les zones côtières contre la montée des eaux et l’élévation du niveau de la mer grâce à sa structure dense et à son réseau de racine constitué de palétuviers qui lui permettent de remplir cette fonction. Son rôle est de dissiper l’énergie des vagues. Les racines aériennes sont enchevêtrées et les troncs des palétuviers brisent la force des vagues et des marées. Donc une forêt de mangroves en bonne santé peut absorber jusqu’à 75% de l’énergie cinétique des vagues entrantes. Ce qui réduit considérablement l’érosion du littorale ainsi que les risques de submersion marine entraînant la rétention des sédiments et l’élévation des terres. En effet les racines des palétuviers piègent les sédiments apportés par les marées, les courant d’eau, les fleuves et les lagunes. Cette accumulation naturelle permet de former de nouvelles terres et de rehausser le niveau du sol au fil du temps. Ainsi, niveau du sol s’élève parallèlement à la montée des eaux. Dans les zones où se trouvent les mangroves, le niveau de la terre s’élève au fil du temps et le phénomène de l’érosion ne s’observe plus. L’élévation du niveau du sol est rendu possible grâce à l’accumulation des sédiments piégés par le système racinaire des palétuviers.
EVEIL INFO : Peut-on combiner mangroves et digues artificielles ?
Maurras AKAKPO : En tant qu’environnementaliste je dirai qu’il faut laisser la nature faire ses choses et il est préférable d’opter pour des solutions fondées sur la nature. Elles sont plus durables, sans conséquences et sans impact négatif sur les systèmes naturels et humains. Les dingues artificielles et les enrochements massifs ou tout autre infrastructures lourdes ne sont pas recommandés car elles protègent localement et de façon ponctuelle une zone donnée alors que le problème est global. Aussi elles entrainent souvent des effets secondaires tels que l’aggravation de l’érosion ailleurs sur la côte, la perturbation du transport sédimentaire, la destruction des habitats côtiers, etc. A l’inverse, les solutions fondées sur la nature telles que la restauration des mangroves utilisent les fonctions écologiques des écosystèmes pour réduire les risques d’inondation et d’érosion. Elles sont plus durables, plus résilientes et moins destructrices. Il faut donc laisser la nature à sa place et ne pas essayer de l’artificialiser.
EVEIL INFO : À quel rythme les mangroves disparaissent-elles aujourd’hui ?
Maurras AKAKPO : Les écosystèmes de mangroves disparaissent aujourd’hui au Bénin. Déjà, beaucoup d’études ont été réalisées pour apprécier la dynamique spatio-temporel des écosystèmes de mangroves au Bénin. Il s’agit entre autres : des études scientifiques menées par le Laboratoire d’Ecologie Appliquée (LEA) et le Laboratoire de Biomathématique et d’Estimation Forestière (LABEF) de la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Les résultats des recherches scientifiques révèlent une diminution drastique de la couverture des mangroves pendant la période des années 1980-2000. On estime à 62% de régression des couvertures en mangroves au Bénin de 1998-2001 et une augmentation de la couverture de mangrove de 18% entre 2001 et 2019 (Zanvo et al, 2021). Un changement positif de trajectoire à mettre à l’actif des efforts conjugués du gouvernement et des ONG environnementales. Toutefois cela reste insuffisant pour combler les énormes pertes de mangrove enregistrées.
EVEIL INFO : Quelle stratégie le gouvernement met-il en place pour protéger cet écosystème et l’utiliser pour pallier ce phénomène ?
Maurras AKAKPO : Il y a plusieurs stratégies mises en œuvre. Le premier aspect concerne les différents instruments juridiques que l’état a mis en place pour encadrer et protéger les mangroves au Bénin. Il y a loi n°93-009 du 2 juillet 1993 portant régime des forets en République du Bénin qui protège l’ensemble des écosystèmes forestiers y compris les mangroves. Plus récemment, il y a la loi 2025-13 du 02 Juillet 2025 qui porte sur l’autorisation de ratification des protocoles additionnels à la convention d’Abidjan spécifiquement dédiée à la gestion des zones côtières et à la gestion des mangroves. Nous avons la loi 2018-10 du 02 Juillet 2018 qui porte sur la protection, l’aménagement et la mise en valeur de la zone littorale en République du Bénin. Nous avons aussi des engagements aux niveaux internationaux comme la convention de Ramsay, la convention d’Abidjan. De façon concrète, le gouvernement a aussi pris des mesures à travers la création d’aires protégées telle que la Réserve de iosphère du Mono et la Réserve de Biosphère de la Basse Vallée du l’Ouémé ; la création de l’Aire Marine Protégée « Bouche du Roy ». Ces différentes aires protégées intègrent en leurs seins des écosystèmes de mangroves identifiées comme des valeurs écologiques. Nous avons aussi la stratégie des projets de restauration. L’état et les acteurs de la société civile ont mis en œuvre plusieurs projets de restauration pour contrer la dégradation très poussée des mangroves. Il y a le « projet résilience mangrove et le projet de restauration et de valorisation des écosystèmes de mangroves du site Ramsay 1017 » piloté par l’ONG BIOSPHERE.
EVEIL INFO : Votre mot de la fin
Maurras AKAKPO : D’abord, je remercie l’équipe du journal Le Rural. Ensuite, il faut retenir que les écosystèmes de mangroves sont importants et fragiles. Importants à travers les différentes fonctions écosystémiques quelles jouent en termes de protection des agglomérations, des peuples, contre les effets néfastes des changements climatiques, comme les inondations. Il joue un rôle indispensable dans l’économie locale, la sécurité alimentaire et sert d’habitat pour plusieurs espèces. Il faut alors que les mesures de protection se multiplient et qu’elles ciblent les zones qui connaissent peu d’évolution. Il faut trouver des alternatives crédibles au bois de feu. C’est essentiellement le besoin en bois-énergie qui amène la communauté à couper les mangroves et dans certaines localités, il n’existe pas d’autres ressources ligneuses en dehors des mangroves. Il faut promouvoir des combustibles écologiques comme le charbon vert, des coques palmistes, le gaz ainsi que certains foyers améliorés et accompagner ses types d’initiative afin d’en augmenter la portée de leur utilisation. Cela permettra de reconvertir une grande partie de la population qui adoptera de nouveaux combustibles autres que le bois. Ainsi les pressions sur les mangroves vont diminuer.
Propos recueillis par Souvenir ZANNOU
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