Des opérations menées par l’armée malienne et ses partenaires russes dans la région de Diéma auraient entraîné la mort de plus de 200 animaux et l’incendie de dizaines d’habitations. Pour les éleveurs peuls concernés, ces destructions représentent une menace directe pour leurs moyens de subsistance et relancent le débat sur les conséquences de la stratégie sécuritaire de Bamako sur les populations civiles.
La situation sécuritaire au Mali continue de susciter des inquiétudes, notamment quant au sort des populations vivant dans les zones d’opérations militaires. Dans les hameaux de Mangara, situés dans la commune de Dioumara, près de Diéma, des soldats maliens et leurs partenaires russes de l’Africa Corps auraient abattu, mercredi 28 octobre 2026, environ 150 bœufs, 80 moutons et chèvres, ainsi que des ânes, selon des témoignages recueillis par Radio France internationale (RFI). Les éléments de l’Africa Corps auraient constitué la majorité des militaires présents sur les lieux.
Pour les communautés peules d’éleveurs, ces pertes vont bien au-delà d’un simple bilan matériel. Le bétail représente leur principale source de revenus et de subsistance. Sa destruction fragilise directement les familles, compromet leur activité économique et accentue leur vulnérabilité dans un contexte déjà marqué par l’insécurité.
Cet épisode intervient après un autre incident signalé le 21 octobre dans la même zone. Les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs partenaires russes auraient alors tué une centaine d’animaux et incendié une soixantaine de cases à Moussassere. Ces événements alimentent les interrogations de notables locaux, qui évoquent de possibles représailles dans un contexte de tensions, notamment après l’assassinat de deux chasseurs traditionnels dozos accusés par des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, de collaborer avec l’armée.
La présence du JNIM dans cette région constitue une menace sécuritaire réelle pour les populations et les forces engagées dans la lutte contre les groupes armés. Mais la nécessité de combattre les groupes jihadistes ne saurait, à elle seule, justifier des destructions indistinctes de biens appartenant à des civils. La protection des populations doit également demeurer une exigence fondamentale dans la conduite des opérations militaires.
Ces événements mettent aussi en question le partenariat sécuritaire entre Bamako et Moscou. Présentée par les autorités maliennes comme un appui essentiel à la reconquête du territoire, la coopération avec la Russie est désormais confrontée aux conséquences rapportées d’opérations auxquelles participent ses hommes. Lorsque des troupeaux sont décimés et des habitations incendiées, la promesse de protection mérite d’être confrontée à la réalité vécue par les populations.
Le Mali revendique sa souveraineté et le droit de choisir librement ses partenaires militaires. Toutefois, la souveraineté ne saurait être appréciée uniquement à travers les alliances stratégiques ou les discours officiels. Elle implique aussi la capacité de l’État à garantir la sécurité des citoyens, à protéger leurs biens et à prévenir les abus, quel que soit le statut des forces engagées sur son territoire.
Près de Diéma, les faits rapportés soulèvent ainsi une interrogation majeure : quelle portée peut avoir une stratégie de reconquête territoriale si les populations civiles en paient le prix dans leurs moyens mêmes de survie ?
A.K.N
