Près de trois ans après la rupture de la coopération militaire entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger avec la France, la situation sécuritaire demeure l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Malgré la réorganisation de leurs partenariats stratégiques et le redéploiement de leurs dispositifs de défense, les attaques revendiquées ou attribuées à des groupes armés jihadistes continuent de viser des positions militaires et des populations civiles.
Ces derniers mois, les armées des trois États ont encore enregistré des assauts meurtriers contre plusieurs camps militaires. Des localités ont été attaquées, des soldats tués et des civils déplacés, rappelant que la menace reste active sur une grande partie du territoire sahélien. Les opérations militaires menées par les forces nationales permettent parfois de reprendre certaines positions, mais les groupes armés conservent une capacité de nuisance qui entretient un climat d’insécurité.
Au moment de rompre avec Paris, les autorités de transition avaient justifié ce choix par la volonté de reprendre pleinement le contrôle de leur stratégie sécuritaire et de restaurer leur souveraineté. Le départ des forces françaises devait ouvrir une nouvelle phase de la lutte contre le terrorisme, fondée sur des partenariats jugés plus conformes aux intérêts des États concernés.
Près de trois ans plus tard, les faits montrent cependant que le changement de partenaire militaire, à lui seul, n’a pas suffi à mettre un terme aux violences. Les groupes armés continuent d’opérer sur des espaces frontaliers difficiles à contrôler, profitant de l’immensité des territoires, de la porosité des frontières et de la mobilité de leurs combattants.
La persistance des attaques rappelle que la crise sahélienne repose sur plusieurs facteurs qui dépassent la seule coopération militaire internationale. Les difficultés de contrôle territorial, les tensions communautaires, les trafics transfrontaliers, les défis liés au développement local et la capacité d’adaptation des groupes armés continuent d’alimenter l’instabilité.
Cette réalité replace désormais le débat sur un terrain plus concret : celui des résultats. La question n’est plus uniquement de savoir avec quel partenaire les États coopèrent, mais dans quelle mesure les stratégies mises en œuvre permettent d’améliorer durablement la sécurité des populations, de reprendre le contrôle des territoires et de réduire la fréquence des attaques.
Près de trois ans après la rupture avec la France, un constat s’impose : la souveraineté militaire constitue un choix politique majeur, mais elle ne produit ses effets que lorsqu’elle s’accompagne de réponses efficaces aux multiples causes de l’insécurité. Pour les États de l’AES, l’épreuve décisive demeure désormais celle des résultats sur le terrain, là où les populations attendent avant tout un retour durable de la paix.
Patrice BIAOU
