L’affaire Boko-Homeky, qui domine l’actualité politique et judiciaire béninoise, a connu de nombreux rebondissements marquants cette semaine. Entre le retrait spectaculaire des avocats de la défense, les accusations de non-respect des droits de la défense et la poursuite d’un procès sous tension, ce feuilleton judiciaire continue de captiver l’opinion publique. Marquée par des événements aussi inattendus que significatifs, cette saga judiciaire semble s’enliser dans une spirale sans fin, laissant planer une question cruciale : connaîtra-t-elle un jour un véritable épilogue ?
Tout commence le 21 janvier, à l’ouverture du procès. Olivier Boko, homme d’affaires influent, et Oswald Homeky, ancien ministre des Sports, sont accusés de « complot contre la sûreté de l’État », « corruption d’agent public » et « usage de faux certificats ». Des accusations graves, qui s’inscrivent dans un contexte où la stabilité politique est scrutée de près. Mais à peine le procès entamé, un premier coup de théâtre surgit. Les avocats des accusés contestent la composition de la cour. Les avocats des accusés contestent la composition de la cour. Selon eux, celle-ci ne respecte pas les dispositions légales, notamment l’article 254 du Code de procédure pénale béninois. Cet article prévoit que toute formation judiciaire siégeant en matière criminelle doit être composée de cinq magistrats : un président et quatre assesseurs. Or, seules trois personnes siègent dans ce procès. La défense exige une reconstitution du tribunal avant toute poursuite des débats. Mais vivement contestée et justifiée par le Ministère public, la demande de reconstitution de la défense est rejetée. Face à cette décision, les avocats choisissent de se retirer. Un départ collectif qui laisse les accusés sans défense.
Malgré cette situation, la CRIET ne plie pas. Les audiences sont suspendues pour une journée, le temps de permettre aux accusés de trouver de nouveaux représentants. Mais le 22 janvier, deuxième acte : Olivier Boko et Oswald Homeky n’ont pas pu désigner d’avocats. Les raisons sont évidentes. Les délais sont trop courts pour constituer une nouvelle défense et les accusés n’envisage pas la commission d’office d’avocats pour leur défense. Le 23 janvier, la tension monte encore d’un cran. Le procès se poursuit, mais les interrogations demeurent. Les accusés restent seuls face à la cour. Les avocats, eux, maintiennent leur position. Ils dénoncent un processus qu’ils jugent biaisé. Pour eux, il s’agit d’une violation flagrante des droits de la défense.
Les accusés, désormais sans défense, dénoncent des conditions de détention qu’ils jugent « mauvaises ». Ils demandent un délai de 15 jours pour constituer une défense, accompagné d’un assouplissement de leurs conditions de détention. « Les parents ne nous rendent visite que les mercredis, samedis et dimanches et cela pour 15 minutes », déclare Olivier Boko. Ce que renchérit Oswald Homeky : « Je sollicite qu’on allège nos conditions de détention. Le procureur spécial sait très bien ce qu’il a à faire ». Mais face à cette demande, le procureur spécial de la CRIET réagit en dénonçant un film expertement préparé par les accusés et leurs avocats pour « geler le procès ». Il s’insurge contre le délai de 15 jours demandé par les accusés. Il propose plutôt un délai de cinq jours, une suggestion retenue par la cour. L’affaire est alors renvoyée au 28 janvier prochain. Les accusés, cependant, préviennent : sans amélioration de leurs conditions de détention, la situation pourrait rester inchangée à la prochaine audience.
Ainsi le film semble loin de son dénouement. La prochaine audience est attendue dans les jours à venir. Les accusés parviendront-ils à s’organiser malgré les obstacles ? Ce procès, marqué par une intensité politique et judiciaire sans précédent, suscite plus de questions que de réponses. Et si, finalement, la seule certitude était l’incertitude elle-même ?
José Pascaël AGBO
![]()