POUTINE : L’Afrique attend toujours les actes

À Sotchi, en 2019, Vladimir Poutine promettait de donner un nouvel élan aux relations entre la Russie et l’Afrique. Le premier sommet Russie-Afrique devait ouvrir une nouvelle étape, avec davantage de commerce, d’investissements et de coopération. Moscou mettait alors en avant le potentiel du continent et la nécessité d’approfondir un partenariat présenté comme mutuellement avantageux.

Quatre ans plus tard, le décor change à peine. À Saint-Pétersbourg, en juillet 2023, le deuxième sommet Russie-Afrique reprend les mêmes grandes ambitions. Les deux parties réaffirment leur volonté d’élargir la coopération économique, politique et sécuritaire. Les dirigeants africains se déplacent une nouvelle fois en Russie pour discuter de l’avenir du partenariat.

Depuis, les promesses continuent de circuler. Les résultats économiques, eux, restent beaucoup plus difficiles à mesurer à la hauteur des ambitions affichées. En 2023, Le Monde relevait que les échanges russo-africains, annoncés à plus de 20 milliards de dollars lors du sommet de Sotchi, avaient ensuite stagné autour de 18 milliards de dollars. Le même journal soulignait que les investissements russes représentaient alors moins de 1 % du capital étranger présent en Afrique.

Et Vladimir Poutine ? Sa présence physique sur le continent reste limitée. Moscou a davantage privilégié les visites de ses ministres, diplomates et représentants spéciaux que celles du président russe lui-même. En parallèle, les sommets Russie-Afrique continuent de se tenir en Russie : Sotchi en 2019, Saint-Pétersbourg en 2023.

La nouvelle séquence est révélatrice. Cette fois, c’est Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense, qui prépare une tournée au Tchad, au Congo, à Madagascar et en Tanzanie. Selon Africa Intelligence, cette mission vise notamment à consolider les partenariats militaires de Moscou et à explorer de nouvelles opportunités pour Africa Corps.

Voilà donc l’Afrique à laquelle Moscou continue de promettre beaucoup : coopération, sécurité, souveraineté, développement. Mais derrière les grands mots, la réalité des relations russo-africaines apparaît davantage concentrée sur certains secteurs stratégiques, notamment la défense et la sécurité. L’analyse de la Fondation pour la recherche stratégique soulignait déjà en 2023 la place importante prise par les questions sécuritaires dans la stratégie russe sur le continent.

Armes, sécurité, ressources minières, influence politique : Moscou avance là où ses intérêts stratégiques sont clairement identifiés. Le discours sur le partenariat économique, lui, reste à l’épreuve des chiffres.

C’est peut-être là que se trouve le véritable malaise. À force de sommets organisés en Russie, de grandes déclarations et de promesses renouvelées, le partenariat risque de donner l’impression d’un rendez-vous où l’Afrique se déplace beaucoup plus que la Russie.

Depuis Sotchi, les mots ont changé de formulation. Les promesses, elles, restent étonnamment familières.

Et pendant que Moscou promet une nouvelle page, l’Afrique attend toujours de voir le premier chapitre s’écrire concrètement.

BKP

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